Norman Rickert

Norman Rickert

Camelot métro Outremont, Van Horne / Dollard et Monk / Springland

Norman est aussi artiste ! Découvrez son blogue : leseditionsnormartmuse.wordpress.com/

 

Contrairement à ce qu’on croit souvent, tous les camelots de L’Itinéraire n’ont pas été itinérants. Norman a connu la pauvreté mais n’a jamais vécu dans la rue. « J’ai toujours l’impression d’être entre deux chaises, au journal comme dans le reste de ma vie. Je ne suis pas complètement francophone, ni anglophone, mon père parlant anglais. Je fais le métier de camelot, mais d’autres ici à L’itinéraire l’ont eu plus difficile que moi. »

C’est entre autres pourquoi Norman a toujours eu un peu le sentiment d’être un « imposteur » au sein de

l’équipe de L’Itinéraire, presque gêné d’avoir suivi des études supérieures et connu le marché du travail traditionnel. Il a d’abord étudié en traduction à l’Université de Montréal, après avoir été refusé dans quatre programmes de communication, un domaine qui l’intéressait beaucoup mais qui était très contingenté. Norman s’est toutefois vu déçu par la profession de traducteur : « Je n’ai pas eu de très belles expériences ; je courais souvent après mon argent ».

À son arrivée à L’Itinéraire, en 1999, il ne vendait pas beaucoup et n’écrivait pas vraiment non plus. En 2001, il a quitté son travail de camelot pour un poste dans une organisation gouvernementale où il gérait du personnel. Cela a été une année très difficile pour lui ; son emploi ne lui convenait pas psychologiquement et il a commencé à développer des troubles anxieux, ce qui l’a obligé à suivre un traitement. Les attentats du 11 septembre l’ont également beaucoup affecté, et il a longtemps eu peur de reprendre le métro. De retour à L’Itinéraire après cet épisode, il a commencé à rédiger des articles pour le magazine, et a amélioré progressivement ses ventes.

 

Affecté par les préjugés

Mais même après 17 ans d’implication, certains jours, c’est plus difficile pour Norman de vendre le magazine. Les préjugés tenus à l’égard des camelots, qui sont pourtant des travailleurs autonomes, l’affectent énormément. « L’année dernière, quelqu’un s’est arrêté. Pas pour acheter le journal, mais pour me demander si j’avais faim, avec un ton de voix rempli de pitié. » Ceci l’a profondément choqué, l’empêchant de se présenter à son point de vente pendant plusieurs jours. Heureusement, il y a aussi de belles rencontres, avec des clients qui prennent le temps d’échanger avec le camelot. « Ce sont les conversations intéressantes que j’entretiens avec eux qui me donnent le goût de continuer. »

Bien que les préjugés l’atteignent, ils sont aussi une forme d’inspiration. Depuis quelques années, Norman s’intéresse à la peinture, et a développé plusieurs projets artistiques en lien avec L’Itinéraire. Il a notamment réalisé des portraits représentant des camelots, avec des affirmations positives combattant les idées préconçues. Il aimerait beaucoup, avec du financement, pouvoir les imprimer sur des t-shirts et les vendre. Une façon de briser les préjugés et de montrer que tout le monde a sa place à L’Itinéraire.

Par Sarah Déry,

bénévole à la rédaction

 

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