Éditorial

Ces petites voix dans nos têtes

Image : Ion Chiosea (123RF)

Par Josée Panet-Raymond

Rédactrice en chef

 

Tout le monde a sa petite voix à l’intérieur de sa tête. Soit elle est positive et nous encourage ou nous réconforte, soit elle est négative et nous juge, nous critique. Je pense aussi à l’image du petit diable sur une épaule et de l’ange sur l’autre qui se disputent notre attention. Ces voix, pour la plupart des gens, sont passagères et souvent sans grande importance. Une chose est certaine toutefois, les voix négatives s’alimentent de nos peurs et de nos craintes.

Mais il y a ceux et celles dont les voix prennent tellement de place dans leur tête qu’il devient difficile sinon impossible de vivre normalement. Des voix qui commandent, qui induisent la paranoïa, des voix qui font peur. L’enfer !

Vous pourrez lire dans le dossier du magazine les témoignages de personnes atteintes de maladies mentales, qui entendent des voix et qui ont recours à divers moyens pour les faire taire ou les apprivoiser. Elles en parlent courageusement, malgré la peur du jugement et du rejet.

Justement, parlons-en de la peur.  Il en existe des centaines allant des craintes les plus banales à celles de voir le ciel nous tomber sur la tête. Avoir peur de rater son bus, de faire rire de soi, d’être rejeté, de tomber malade, de la guerre nucléaire, ou pire encore… de voir les Américains élire Donald Trump !

Qui d’entre nous n’a jamais vécu une expérience traumatisante, un deuil, un choc émotif qui l’a plongé dans un état de grande peine ou de dépression ?  Ce sont des périodes de vie où il est difficile d’y voir clair. On marche bien souvent à côté de nos pompes et on ne raisonne pas aussi bien que d’habitude. Le mental tombe malade. On est alors atteint d’une maladie mentale de circonstance.

Guérir de la peur

L’une des façons les plus efficaces de vaincre ses peurs, qu’elles soient fondées ou le fruit de notre imagination, c’est de les affronter, de les regarder en pleine face et de se dire qu’elles ne nous arrêterons pas. C’est ce que font la plupart des gens.

Une autre excellente façon de les surmonter, c’est d’en parler. De dire à une personne de confiance qu’on est habité par une peur qui nous empêche de fonctionner ou qui nous nuit. La plupart du temps, cette seule divulgation aura un effet apaisant et contribuera à diminuer l’importance qu’on y accorde. Et puis, lorsqu’on partage avec d’autres, on se rend souvent compte que nous ne sommes pas les seuls à éprouver ces peurs, aussi irrationnelles soient-elles.

Souvent, quand elles sont profondes et inconscientes, les peurs se manifestent par des cauchemars, peuplés de monstres, de diables, d’êtres effrayants. Tout le monde en est affligé à un moment ou l’autre de sa vie. Mais pour certaines personnes, ces cauchemars se vivent à l’état de veille, à tout moment de la journée. Ce qu’elles vivent est en quelque sorte comparable à ce que vit la majorité des gens, mais à un niveau beaucoup plus élevé.

Parce que, si l’on compare les troubles mentaux et la maladie mentale proprement dite, c’est un peu comme faire la différence entre un rhume mineur et une pneumonie.

C’est pourquoi il est important d’en parler, même si ça met mal à l’aise. Pourquoi ne pas aborder la schizophrénie ou les psychoses comme on le ferait pour le diabète ou l’arthrite ? Si on n’en parle pas, on contribue à entretenir les mythes, la désinformation, les fausses croyances. Et le silence contribue aussi à la stigmatisation des personnes atteintes, ce qui n’aide personne en fin de compte.

 

Cet article intégral vous est offert gracieusement par L’Itinéraire. Vous en voulez plus? Passez voir votre camelot ou participez à l'aide à la rédaction en offrant un don.