Éditorial

Abattre les barrières qui nous séparent

Vous tenez entre vos mains la quatrième édition spéciale consacrée aux nations Autochtones. Une tradition que nous sommes fiers de poursuivre d’année en année. Depuis que nous prêtons nos pages aux voix autochtones depuis 2017, nous sommes à même de constater que ces voix se font de plus en plus entendre dans les médias, au cinéma, en musique, dans la sphère publique. Et c’est tant mieux !

Avec plus de dialogue, plus d’échanges, notre société aborde désormais avec ouverture des sujets qu’auparavant on évitait parce que trop douloureux, trop confrontants. Au cours des dernières années, il y a une plus grande volonté de surmonter l’obstacle d’être sur la défensive et de reconnaître les torts, les abus et les injustices que les Canadiens et les Québécois ont fait subir aux peuples qui étaient là bien avant nous, et, disons-le, à qui on doit notre survie.

Ne plus détourner le regard

Il faut dire qu’il est devenu très difficile de détourner le regard sur les dures épreuves vécues par les Autochtones, après les découvertes des centaines de dépouilles d’enfants sur les terrains de pensionnats autochtones, après Joyce Echaquan, après Idle No More et les recommandations mises de l’avant par la Commission de vérité et réconciliation.

Mais malgré tout ça, il persiste encore de nombreux préjugés, du racisme systémique, de la colère et de l’incompréhension à l’endroit des Autochtones. On entend souvent dire des choses comme « Ouais, ils n’ont pas à se plaindre, eux, ils ne paient pas d’impôts...» Des commentaires qui manquent de précisions lorsqu’on sait qu’en effet les Autochtones ne paient pas d’impôts sur des revenus, des biens immobiliers et des biens de consommation uniquement sur les réserves. Ils paient les taxes et impôts comme tous les Québécois à l’extérieur de leurs communautés.

Reconnaissance

Il y a beaucoup de chemin à faire avant que soient aplanies les inégalités entre nos peuples, mais la route qui y mène est plus achalandée que dans le passé. Les gouvernements posent des gestes pour reconnaître et compenser des territoires autochtones, pour reconnaître et donner les moyens aux Premières Nations de s’occuper de leur système d’éducation, de leurs services sociaux.

Par ailleurs, les non-autochtones sont plus nombreux à s’intéresser aux Premières Nations, mieux connaître leurs réalités, leur littérature, leur art, et c’est bien grâce au dynamisme de ces derniers. Des voix comme celles de Samian, Natasha Kanapé Fontaine, Elisapie Isaac, Ghislain Picard, Isabelle Picard, Stanley Vollant, Suzie O’Bomsawin et tant d’autres contribuent à ouvrir les horizons et établir une meilleure compréhension entre allochtones et Autochtones.

Les incompréhensions et l’ignorance s’effacent quand on en apprend plus sur l’autre. Alors pour tenter d’enrayer ces préjugés, nous souhaitons faire notre part en donnant la parole aux principaux intéressés, d’un côté comme de l’autre des barrières qui nous séparent, sur une Terre qui nous unit.