Dossier

Se souvenir de 2021

Illustration : ELDIABLO

Depuis le 1er janvier 2021 jusqu’à la mi-novembre, en raison de notre calendrier éditorial, la rédaction de L’Itinéraire a tenu un journal de bord des actualités quotidiennes, nationales et internationales. Ce journal a été envoyé à David Goudreault pour qu’il nous livre son regard sur ces événements qu’on a tendance à oublier au fil du temps.

Pour le romancier, poète, travailleur social et ami de L’Itinéraire, ces 12 derniers mois ont été marqués par des « tragédies transversales », liées évidemment à la pandémie, mais aussi à la polarisation des idées, au confinement et reconfinement. Impossible donc, selon lui, de passer outre les tensions sociales qui ont été (et sont encore) au cœur de l’actualité.

Photo : Christine Muschi

Dès les premiers jours de janvier 2021, la pandémie continue de faire les manchettes. Mesures restrictives au Québec, voyages internationaux autorisés sous certaines conditions, fraudes et failles du système fédéral, le Québec se remet d’un temps des Fêtes un peu particulier, loin de nos proches ou tout du moins, en petit comité, dans une bulle familiale.

Le tout se fait sous fond de quelques scandales politiques et sociaux allant de la perte de responsabilité de Pierre Arcand au Parti libéral du Québec (PLQ), qui revenait d’un voyage dans le Sud, à la découverte macabre d’une fillette de 7 ans à Laval, qui avait déjà fait l’objet d’un signalement à la DPJ. On tente de reprendre notre souffle entre deux bulletins de nouvelles, interpellés par l’espoir du début de la campagne de vaccination contre la COVID-19. Et puis...

Photo : Benjamin Burgess

LA PRISE D’ASSAUT DU CAPITOLE

Il y a eu ce 6 janvier. Les premières images sont spectaculaires dans les salles de presse et on y croit qu’à moitié: le Capitole, symbole de la démocratie américaine, est pris d’assaut par les partisans de Trump dans une dernière tentative de bloquer la certification des résultats du vote de l’élection présidentielle américaine de 2020 qui nomme Joe Biden comme le 46e président des États-Unis.

Réunis par milliers à Washington avec leurs pancartes arborant fièrement un « Save America », ils prétextent que l’élection a été volée à Donald Trump. Ce dernier utilisait les réseaux sociaux pour les inciter à « se battre de toutes leurs forces ».

Les réactions nationales et internationales s’accumulent et les condamnations aussi. Trump doit finalement admettre sa défaite et promettre une transition harmonieuse avec Biden. Cinq morts sont à déplorer. « Ça a été extrêmement fort au niveau symbolique, de même que pour l’image envoyée, croit David Goudreault. Ça a donné une certaine vision de la décadence dans laquelle le monde peut plonger quand des institutions comme celles-là sont prises d’assaut. »

L’auteur souligne alors que toute cette histoire autour de la procédure de destitution de Trump, qui n’a finalement pas abouti, aurait permis de questionner notre rapport à la justice. « Une redéfinition du système judiciaire s’est faite, pour le meilleur et pour le pire, notamment avec notre rapport aux réseaux sociaux. Tout cela faisait suite aux décisions qui nous ont laissés, en tant que société, perplexes, comme dans le cas des affaires Rozon et Salvail. » C’est la raison pour laquelle il plaide pour une réappropriation du système judiciaire qui devrait être faite par la population afin d’éviter que « justice se fasse par le tribunal médiéval des réseaux sociaux ».

Photo : Kevin Lamarque

Aux États-Unis, Joe Biden est, admettons-le, un peu moins spectaculaire que son prédécesseur. De cette année, on retiendra néanmoins le retrait des troupes américaines en Afghanistan et la menace du retour des talibans, les chicanes autour du prix du pétrole, la discrétion dont fait preuve Kamala Harris, les réformes sociales qui sont discutées au Congrès et, enfin, la gestion de la pandémie du gouvernement avec notamment la réouverture de la frontière pour les voyageurs internationaux.

 

MORTS DANS LA RUE

17 janvier. À L’Itinéraire, notamment en raison du programme de la Maison-Ronde — qui entretient des liens avec les communautés autochtones du square Cabot — le nom de Raphaël Napa André circule. L’équipe comme les camelots sont interpellés par la triste nouvelle. Cet homme innu, mort seul, en plein hiver montréalais dans une toilette chimique à l’angle de la rue Milton et de l’avenue du Parc, à deux pas d’un refuge fermé qu’il avait l’habitude de fréquenter, est devenu malgré lui le symbole de l’itinérance autochtone.

Ce drame arrive un peu moins de quatre mois après la mort de Joyce Echaquan, cette femme atikamekw décédée tragiquement au centre hospitalier de Lanaudière à Joliette. « Ce sont deux visages d’une même réalité, pense David Goudreault. Toute la question du racisme systémique s’applique particulièrement aux Premières Nations au Québec. Non seulement celui que l’on voit, mais aussi le racisme silencieux, dont sont victimes les personnes autochtones qui sont surreprésentées en itinérance. On connaît les ressources et leurs problèmes donc une responsabilité sociale n’est pas prise. »

En novembre, un nom s’est ajouté à la liste des défunts, c’est celui d’Elisapie Pootoogook, une femme sans-abri de 61 ans, originaire de Salluit, dans le nord du Québec. Elle a été retrouvée morte dans un chantier de construction, situé sur le site de l’ancien hôpital de Montréal pour enfants, au centre-ville, près du square Cabot. « C’est intéressant, au début de l’année, il y a eu cet homme et quasiment à la fin de l’année, il y a cette femme.Qu’avons-nous fait pour éviter que cette situation-là ne se reproduise? C’est malheureusement une réflexion qu’on n’a pas encore eue, mais qu’on devrait avoir », estime David Goudreault.

Cet extrait d'article vous est offert gracieusement par L’Itinéraire.

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