Éditorial

La famille de L’Itinéraire

Notre quotidien, pour nous l’équipe de L’Itinéraire, c’est de côtoyer les camelots, de travailler avec eux pour les aider à améliorer leur sort et à progresser dans les différents aspects de leur vie. Pour y arriver, il faut travailler en équipe, toute la gang, parce que tout ce qu’on fait est interrelié, qu’il s’agisse des gens qui travaillent au Café, à l’intervention et à la distribution en passant par la rédaction et l’administration. Tout ce que chacun et chacune de nous faisons a un impact sur nos camelots et participants, tout autant qu’ils ont un impact sur nous.

Avec le temps, il se crée des liens, des amitiés entre tout ce beau monde, ce qui fait qu’on en vient à se considérer comme une famille.

On en vient à connaître la vie de nos camelots, leurs joies, leurs peines, les épreuves qu’ils et elles traversent et leurs victoires aussi. Parce que des victoires, il y en a! Des hommes et des femmes qui réussissent à s’extirper de la rue ou à éviter de s’y retrouver, c’est quand même tout un défi. On aide nos camelots avec toutes sortes de ressources pour assurer leurs besoins de base, mais avant tout, ils et elles ont pris la décision de s’en sortir et de saisir des occasions d’acquérir de nouvelles compétences.

Ceux et celles qui partent

Il n’en reste pas moins que, pour plusieurs de nos camelots, le fait d’avoir connu la rue, l’alcoolisme et la toxicomanie a eu de graves effets sur leur santé physique et mentale. Certains s’en tirent mieux que d’autres, mais des années d’abus et de maladies chroniques non traitées finissent par user une personne. Plusieurs de nos camelots ne dépasseront pas la soixantaine, voire la cinquantaine. C’est une réalité inéluctable, bien qu’on fasse tout ce que l’on peut pour tenter de la contourner. Mais quand un membre de la famille décède, nous vivons tous et toutes un deuil.

Photos : Justine Latour

Hommage à Gilles et à Claudine­

Gilles Ferland, 63 ans, un camelot de longue date qui avait son spot de vente sur le Plateau Mont-Royal, nous a quittés à la fin du mois d’octobre. De nature réservée, Gilles était un homme doux. Jamais un mot méchant et toujours prêt à aider ses collègues camelots. «Un bon Jack», comme le décrit Pierre Tougas, responsable du Café. Les autres membres de l’équipe disent de lui qu’il avait un bon sens de l’humour, qu’il était très gentil. Gilles ne s’épanchait pas sur sa situation, mais on savait qu’il était en lutte depuis très longtemps avec la consommation. «Il en arrachait beaucoup, il a souvent essayé d’arrêter, dit Pierre. Il a vécu de nombreuses années dans la rue et était en voie d’obtenir un logement. En attendant, il vivait dans une maison de chambres.» Le 28 octobre, son intervenante l’a retrouvé mort dans son lit. Un membre de notre famille vient de partir. Toutes nos condoléances à sa mère et ses amis.

Une autre membre de la famille, Claudine Boucher nous a également quittés. Claudine a perdu son combat contre le cancer, le 25 octobre 2021. Ancienne camelot devenue bénévole à L’Itinéraire, elle était aimée et appréciée de tous. Femme de coeur et d’une générosité sans bornes, Claudine a toujours été une battante. Elle nous laisse son sourire, désormais gravé dans nos mémoires. Toutes nos condoléances à sa famille et à tous ceux et celles qui l’ont aimée.