Société

La DPJ d'après Granby

Photo : Jiboom / Freepick

Chaque fois qu’il est question de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), c’est pour souligner ses lacunes. Après la mort d’une fillette de 7 ans à Granby au printemps dernier, le rapport de la commission Laurent a esquissé le portrait d’un système qui «a failli à protéger adéquatement tous les enfants du Québec». D’ailleurs, le nombre important de signalements efféctués à la DPJ est pour beaucoup la preuve d'«un échec collectif» dans l’accompagnement et le soutien des familles en détresse.

Toutes les personnes rencontrées sur le terrain, intervenants ou avocats, sont pourtant dévouées au bien-être de l’enfant. Elles entassent des vêtements ou jouets dans leur bureau en attendant de revoir les familles, ne comptent plus leurs heures pour les aider, se disent interpelées par l’envie d’aider les enfants. Ceci alors que certains parents se sentent désarmés lorsqu’ils entrent dans «la machine institutionnelle» jugée complexe et hermétique. Plusieurs mois après le dépôt du rapport Laurent, résultat d’une commission éponyme qui aura duré deux ans, éviterons-nous réellement un autre drame?

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Dans les bottines de la DPJ

La veille de notre passage, l’équipe de Fanny St-Martin s’est fait interpeller par la police pour une fillette égarée pendant plusieurs heures dans un boisé. Heureusement, elle a été retrouvée saine et sauve. Mais bien que sa famille n'ait pas averti les autorités de sa disparition, la DPJ n'a pas retenu le signalement.

Fanny St-Martin, la cheffe de service s’explique : «Cette fillette et sa famille ont marché pendant plusieurs mois pour traverser le chemin Roxham. Se perdre dans un boisé à Montréal leur fait revivre ce trauma. Ils doivent s’ajuster et on est là pour les aider

Plus de peur que de mal, heureusement. Même si les autorités n’ont pas été appelées, les parents étaient partis à la recherche de leur fille. «On ne connaît pas leurs relations avec les autorités dans leur pays d’origine. Voir les histoires à travers les lunettes des immigrants, ça ne change rien à nos lois, notamment en abus physique.» Exemple plus trash donné par l’intervenante à plusieurs reprises : «ici, on n’a pas le droit de frapper des enfants avec des chargeurs de téléphone, mais on peut comprendre pourquoi certains le font».

Dans la salle d’équipe du bureau de l’arrondissement Saint-Laurent, il y a un tableau pour souligner les bons coups avec des cœurs, des étoiles et des couleurs. « Ça fait du bien ça parce que ce n’est pas tous les jours facile », dit Diego, récem- ment embauché comme intervenant après avoir travaillé en parentalité dans un organisme communautaire.

Avec son équipe, Diego couvre un huitième du territoire montréalais. Ça fait environ 200 enfants par section. Les « motifs de compromission » sont liés à de la négligence paren- tale comme de la violence physique ou des abus sexuels. Les enfants dont ils ont la charge viennent en majorité de familles éduquées qui travaillent ou qui sont issues de l’immigration récente. Pour la plupart, elles sont en processus d’adaptation à la société québécoise et ont des traumas en raison de parcours migratoires difficiles.

Les faits d’abord

À chaque signalement, les intervenants au bout du fil doivent suivre des procédures précises pour prendre une décision. On dit retenir un appel sur deux et prendre toujours au sérieux les abus physiques et sexuels, mais il faut des faits crédibles. «Quand on ne retient pas un signalement, ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien, on conserve ces informations. Mais si on ne trouve aucune preuve sur le terrain, on ne peut pas continuer», dit Fanny St-Martin.

Certaines familles peuvent traverser une situation de crise et se sentir apaisées après une seule intervention. Chose certaine, les faits non fondés, c’est-à-dire sans preuves, mènent à une fermeture du dossier.

Ces faits, ce sont des actes ou des témoignages qui confirment les dires du lanceur d’alerte. «Dans un conflit de séparation et d’aliénation parentale venant de papa ou maman, si l’enfant est rendu à faire de fausses allégations d’abus sexuels, on s’entend qu’il y a quelque chose qui ne va pas», illustre l’intervenante.

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