Éditorial

Les deux mains dans la terre

En jasant avec Sylvie Poirier, l’une de nos réviseures bénévoles, je lui énumérais les bienfaits du jardinage et pourquoi cette activité nous rend si heureux. « En tout cas, moi, lui dis-je, quand j’ai les deux mains dans la terre, je sais que je ne fais rien de mal ! ». Ce à quoi elle répondit : « Bien d’accord... à moins bien sûr que ce ne soit pour enterrer un cadavre ». On a bien ri. Tiens, voilà un autre bienfait de l’horticulture.

C’est fou comme la pratique de l’agriculture urbaine a connu un essor depuis quelques années! Surtout depuis la pandémie, alors que nous avons tous eu plus de temps à y consacrer.

Pas besoin de creuser trop profondément (...) pour comprendre cet engouement. Le Québec est un terreau fertile tant pour les jardiniers du dimanche que pour les aguerris. Il n’y a qu’à se pointer dans une grande quincaillerie au début de mai pour voir à quel point on dépense allègrement pour garnir nos plates-bandes et nos potagers. Mais plus que pour le loisir, l’horticulture est un besoin vital qui remonte à très très loin.

Jardiner est dans notre ADN. Littéralement. Depuis des millénaires que les humains se sont sédentarisés et développent l’agriculture, le travail de la terre s’est inscrit dans nos gènes. D’activité nécessaire à notre survie à celle d’un passe-temps agréable pour certains et de gagne-pain pour d’autres, la culture des végétaux fait partie intégrante de nos vies. Que l’on sème de petits jardins de balcons, des potagers de plusieurs rangées dans la cour ou encore d’immenses serres et des hectares de plantations, l’agriculture se pratique par une grande partie de la population, tant urbaine que rurale.

Montréal maraîcher

Dès sa fondation à l’époque de la Nouvelle-France, Montréal comptait parmi les terres les plus fertiles de tout le Québec. Les potagers y occupaient une plus grande superficie que les bâtiments. Mais avec l’industrialisation, l’inverse s’est produit. La grande ville perdra énormé- ment de sa verdure au profit du béton et de l’asphalte. Les communautés italiennes et portu- gaises seront à peu près les seules à perpétuer l’agriculture urbaine. Mais heureusement, nous n’en sommes pas restés là.

Le retour vers la terre se fera tranquillement à partir des années 70 avec la création de jardins communautaires. Aujourd’hui, on se dispute des places dans les 95 installations dissé- minées dans les 19 arrondissements de la ville. D’autant plus que tout le monde a son petit lopin pour faire pousser ses tomates, courgettes et plantes comestibles en tous genres.

Les groupes communautaires ont également intégré l’agriculture urbaine dans leur mission. Que ce soit comme outil éducatif, comme activité rassembleuse et inclusive ou pour favoriser un sentiment de bien-être et d’apaisement auprès de leurs participants. Mettre les mains dans la terre procure donc une foule de bienfaits. Certains parviennent aussi à tirer des revenus appréciables de leurs potagers en plus de nourrir leurs quartiers, souvent situés dans des déserts alimentaires.

Rien que du bon et accessible à tous, le jardinage, comme vous le verrez dans cette édition. Bonne lecture.