Entrevue

Dominique Fils-Aimé - Un message universel

« Je n’ai pas dit le mot black dans une seule chanson », explique la chanteuse, interprète et compositrice Dominique Fils-Aimée, en parlant de sa trilogie, dont le dernier album, Three Little Words est sorti en février. Cinq années d’un minutieux travail se cache derrière Nameless, Stay Tuned ! et Three Little Words. Un travail parfois trop vite perçu comme retraçant la seule histoire des Noirs. Mais si les racines musicales afro-américaines résonnent à travers ces trois actes, le message, lui, s’adresse à tous. Le résultat est là : une véritable infusion de la sensibilité, des espoirs et du bagage musical de la chanteuse, dont les rythmes et les mots ont été pensés pour « unifier les gens ».

 

Écouter ta trilogie d’une traite, c’est comme écouter une pièce de théâtre en trois actes, mais musicale. Une histoire se raconte, on sent un véritable fil conducteur entre la musique et les paroles.

Oui, exactement. Dans la trilogie, il y a cette ligne directrice : l’impact de l’histoire sur la création musicale. À partir du moment où tu mets des humains dans une situation précaire et douloureuse, va en découler un style musical qui reflète cette douleur et exprime les émotions de ces personnes. Et ça, ce n’est pas juste l’histoire des Noirs, c’est celle de l’humanité. Pour eux, c’était aussi un moyen de continuer de rêver, de maintenir une santé mentale, de survivre à des situations lourdes et difficiles. Il y avait ce besoin de créer autour.

On imagine bien le travail de longue haleine qui se cache derrière ce résultat... Pourquoi t’être lancée là-dedans?

Je crois en l’humain. J’ai vu tellement de belles choses, de volonté d’un monde meilleur. C’est ce rêve-là que j’avais envie de partager dans la musique. Mais j’ai aussi vu combien la santé mentale est sous-estimée, combien les émotions le sont également et combien la musique m’a soutenue dans la vie. Alors, cette trilogie, c’est moi et mes espoirs pour le monde. Elle est marquée par mon évolution atypique. Je n’ai pas de formation musicale académique, j’ai beaucoup travaillé en soutien psychologique pour les employés, auprès d’enfants autistes âgés de deux à quatreans. J’ai exploré le monde, j’ai eu cette chance de pouvoir voyager. J’ai pu me développer en tant que personne à l’extérieur de la musique et quand elle est arrivée dans ma vie, professionnellement, elle est devenue un outil de partage, d’expression de ce que j’avais pu observer autour de moi et qui me tenait à cœur. J’ai infusé beaucoup de moi, de mes intentions et de mes espoirs dans cette trilogie.

Tu parles de la musique comme d’un outil. Comment t’en sers-tu?

La magie de la musique, c’est de pouvoir entamer des conversations tabous, jusqu’à un certain point. Pour ma part, je le fais par la douceur, pour rester authentique. Mais je pense qu’il n’y a pas de chemin unique à suivre pour devenir une meilleure société. Ça passe par plusieurs avenues qui se combinent. Souvent, la colère va discréditer une personne parce que c’est considéré comme une perte de contrôle, mais n’est-ce pas plutôt une autre forme d’authenticité, qui n’est pas encouragée parce que c’est de la violence ? C’est aussi cette violence qui traduit l’ampleur de ce qu’on ressent. Et il y a ce besoin de faire de la place à cette multitude de dialogues.

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