Conversation

Face à face avec l'anxiété

Photos : Siou (L'Itinéraire), Stefie Shock (Hugo B. Lefort)

Discussion libre entre deux artistes que les troubles et les passion rejoignent.

S. Shock

Avec l’anxiété, certaines personnes deviennent dysfonctionnelles, n’arrivent plus à dormir, à être en présence d’autres personnes. Je me demande si toi, Siou, tu es envahi à ce point-là par tes troubles d’anxiété. Te réveilles-tu en panique en pensant que t’es en train de mourir? En ayant des crises qui t’empêchent de respirer, comme si tout voulait exploser en dedans.

Siou

J’ai fait des crises de panique réveillé, mais ma première, c’était en dormant. Je m’étais endormi avec la radio et me suis réveillé complètement paniqué pendant qu’une toune de Mano Solo disait : « c’est toujours quand tu dors que moi je veux pas crever ». C’était super significatif. À ce moment-là, je ne savais pas du tout ce qui se passait. Ç’a pris du temps avant que j’aie un diagnostic.

S. Shock

Les crises de panique on pourrait en parler. Pendant des années, ç’a été un trouble tellement sévère pour moi. J’étais coincé. Je ne voulais plus dormir parce que j’étais terrorisé. Chaque nuit, je me réveillais plusieurs fois en panique. Ça m’arrive encore à l’occasion, mais dans ce temps-là, je parle d’y a 30 ans, c’était du quotidien. Alors je ne voulais plus dormir, mais évidemment c’est impossible. Je finissais par tomber d’épuisement. C’est ce qui a fait que j’ai eu recours la première fois à des médicaments, parce que je n’avais plus de qualité de vie. La privation de sommeil devient une torture. Mon tortionnaire, c’était l’anxiété et je n’étais plus capable de fonctionner.

Siou

Je comprends. La mienne m’a bloqué toute ma vie. J’ai pas été capable de m’insérer dans aucune job, dans rien... On a un trouble similaire toi et moi sauf que moi, j’ai eu longtemps l’impression que je ne pourrais jamais rien faire dans ma vie. Alors la job que tu fais... j’admire ça. On voit de plus en plus de personnalités comme toi qui parlent d’anxiété et qui prouvent qu’on est capable de fonctionner. Si tu n’avais pas été musicien, tu te serais vu faire autre chose avec ce problème-là ?

S. Shock

J’y ai déjà réfléchi et je me demande toujours si, au fond, j’aurais eu la sensibilité d’être musicien sans mes troubles anxieux. On m’a déjà demandé si ça m’empêchait de faire mon métier. J’ai déjà dit, un peu en boutade, que non, ça me permet de le faire au niveau de la création. Toi, quand tu dis que tu n’arrives pas à fonctionner, est-ce que c’est au niveau de l’expression artistique ou c’est d’un point de vue social ?


Siou

Social des fois ; mes états d’âme varient beaucoup. D’autres fois au niveau de la création. Quand je suis dans mes phases anxieuses, ça me fige énormément. Très jeune, je m’isolais. C’était déjà difficile de me gérer, alors gérer les autres, c’était trop. On peut dire que le confinement, je connais ça (rire). C’est avec L’Itinéraire, Les Impatients et Revivre*, qui m’a aidé pendant un an, que j’ai appris des choses au niveau des relations, que je me remets dedans.


S. Shock

Mais as-tu le sentiment que ton anxiété t’apportait de l’inspiration ? Est-ce qu’elle te stimulait à créer ou est-ce que c’était 100 % un bloqueur dans ta vie ?


Siou

C’était un grand bloqueur. Dès que j’étais isolé, seul, j’étouffais. J’étais même pas capable de rester chez nous. Je sortais. C’est un peu moins pire maintenant, mais quand j’entends des gens dire : ça fait deux jours que je ne suis pas sorti de chez moi, pour moi c’est inimaginable. Je sors quatre, cinq fois par jour. Ces dernières années, j’ai réussi à créer dès qu’on m’a embarqué dans des projets. Mais
par moi-même, j’ai ben de la misère. Là, je viens de finir un texte pour un spectacle avec le TNM qui réunit plein de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. J’ai dû écrire chez nous, à cause du confinement. Au bout d’un mois et demi, j’étais vidé à cause de l’effort de concentration que ça m’a demandé.



* Les Impatients : Organisme qui aide les personnes ayant un problème de santé mentale, par le biais de l’expression artistique.

Revivre : Organisme de soutien aux personnes vivant avec un trouble anxieux, dépressif ou bipolaire. 

 

Cet extrait d'article vous est offert gracieusement par L’Itinéraire.

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