Chronique

L’année où les villes sont mortes

On va se le dire, la maudite pandémie qui nous use tous à petit feu nous a appris une chose à la dure: les villes et leur centre-ville ne seront probablement plus jamais les mêmes. Les bars, restos, cinémas, gyms, salles de spectacles et autres sont à ce jour confinés, et on se demande combien de temps ils le resteront quand on sortira enfin de ce cauchemar. Oui la société s’est adaptée, et le fameux mythe du télétravail est devenu une réalité pas mal plus vite que les sociologues ne l’ont prédit.

Souvent présentée comme un grand progrès social, l’idée selon laquelle rien ne bat le confort et le bonheur de travailler sans avoir à quitter son foyer nous confronte maintenant au fait que c’est peut-être un cadeau empoisonné. On ne peut pas faire disparaître en six mois une forme d’organisation sociale établie depuis 200 ans sans que cela fasse d’énormes dommages collatéraux. Reverrons-nous un jour le centre-ville de Montréal tel qu’on le connaissait autrefois? C’est une vaste question, mais c’en est une qui est particulièrement cruciale pour un magazine comme L’Itinéraire et pour ses camelots.

Les Stones incognito à Times Square

Le printemps dernier, on se serait cru par moment dans un film apocalyptique ou une série de zombies. Au plus fort du premier confinement, il n’y avait pratiquement plus personne en ville. Les Rolling Stones ont même tourné il y a quelques mois un vidéoclip dans les rues de New-York où on ne voyait personne. Pas un seul passant! Et ce n’est pas parce qu’ils avaient sorti leurs gros billets pour faire disparaître tout le monde et avoir les rues juste pour eux. Les gens avaient disparu!

Les vidéos ne manquent d’ailleurs pas pour nous montrer Times Square ou Venise sans un seul touriste. Comme si, du jour au lendemain, tout un chacun avait décidé d’écouter Greta Thunberg et de réduire son empreinte écologique au maximum, en annulant tout voyage et le moindre déplacement.

Des milliers de victimes collatérales

Sans verser dans le conspirationnisme, nous sommes nombreux en ce début d’année à penser que le remède commence à être pire que le mal, que les victimes collatérales de cette guerre sanitaire s’additionnent jour après jour. Pour ma part — et je suis loin d’être le seul — je ne connais personne qui ait souffert gravement de la COVID-19, mais je connais des dizaines de personnes dont la vie a été complètement chamboulée, voire détruite, par les mesures mises en place pour y faire face.

Pour prendre un seul exemple tout près de moi, ma fille a commencé son cégep à l’automne 2019. Elle adorait ça. En dehors des cours, elle était présidente du comité environnement, impliquée à fond dans la vie de son association étudiante. Maintenant, tout se passe en ligne. Elle ne voit plus ses amis, ne s’implique plus dans rien et trouve cela plate comme un Monopoly par un dimanche pluvieux, surtout quand tu perds la partie.

Des collégiens ont commencé leur DEC en ligne et risquent de le finir de la même façon. Pour bien des nostalgiques, on se rappelle des années de cégep comme des plus belles de notre vie. Pas tant pour ce qu’on y a appris, mais pour toute cette découverte de la liberté, de la vie associative, des manifs, des partys, de la camaraderie. Or, toute une cohorte risque de ne jamais pouvoir emmagasiner ces souvenirs qui nous suivent toute la vie.

Cet extrait d'article vous est offert gracieusement par L’Itinéraire.

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