Éditorial

Le pouvoir de la résilience

Je n’ai pas à vous expliquer davantage que nos dernières semaines ont engendré des impacts financiers et psychologiques sans précédent pour tout le monde. Pour les personnes déjà marginalisées, en situation d’itinérance, pour nos camelots et participants, ces effets ont été amplifiés. Heureusement, vous avez rapidement répondu présent lors des premières semaines de confinement.

Que vous soyez donateur ou partenaire, nos camelots vous remercient grandement. Votre aide, qui était de première nécessité, leur a apporté un soutien de base dont ils avaient besoin pour garder le cap sur leur cheminement.

« On a hâte de vous voir, vous nous manquez ! » « C’est lorsque l’on perd quelque chose que l’on se rend compte de sa place dans nos vies : vos bonjours, vos incitations dynamiques à acheter L’Itinéraire et les discussions que nous avions parfois avec vous nous manquent. » Voilà autant de mots d’encouragement de nos donateurs à nos camelots.

Les camelots aussi ont hâte de vous voir ; ça nous fait chaud au cœur de lire qu’ils vous manquent. Eux aussi ont hâte d’échanger avec vous et surtout de continuer à maintenir un travail, une dignité.

Cependant, vous êtes en télétravail, absents des transports en commun, vous vous préparez à partir en vacances, vous attendez un vaccin. C’est bien ! Personne ne vous reproche de penser à vous. Cependant, le camelot, qui est un point de repère pour plusieurs d’entre vous, votre sentinelle dans la ville, vend, lui, sur un coin de rue, dans le métro, en face d’un supermarché. Et pour vendre, il faut des clients.

Pour faire ce métier, c’est beau d’avoir de la résilience — ce que les camelots de L’Itinéraire ont plein les poches —, mais ces poches trop pleines, trop lourdes, ça use en titi et ça fait des trous. Quand tes poches sont pleines de trous, tu te perds, tu régresses et le risque de disparaître dans l’oubli sonne à ta porte.

Le 22 mai dernier, nous avons perdu un membre de notre grande famille, un camelot de longue date, un poète, un pilier de l’organisme, hospitalisé pendant cette crise pour des problèmes d’estomac. Sa seule famille était L’Itinéraire. On ne t’oublie pas, Jacques.

Remplir sa panse permet de recoudre ces trous pour poursuivre son chemin avec résilience.

L’Itinéraire, c’est à la fois un magazine et un organisme qui, depuis 26 ans, aide les gens marginalisés, les accompagne, les soutient et enrichit leur vie. Nous n’avons pas lâché durant cette période, et on ne lâchera pas. La résilience, on connaît ça nous aussi.

Depuis le début de la pandémie, nous avons effectué plus de 850 interventions à distance, assuré 1200 heures d’accompagnement psychosocial avec des conseils pour favoriser la santé mentale, nous avons apporté un soutien alimentaire de l’ordre de 50 000 $ à nos camelots. Mais lire dans les yeux d’une personne sera toujours plus efficace qu’une heure d’écoute au téléphone.

Au cours des prochaines semaines, L’Itinéraire rouvrira progressivement les portes de son café, en respectant la panoplie d’exigences à la fois coûteuses et non prévues dues à la pandémie.

L’équipe a hâte de revoir ses camelots au café, mais cela prendra encore plusieurs semaines avant que vous, le public, revoyiez votre camelot sur son coin de rue. Tous s’entendent pour dire qu’il y aura une deuxième vague. Mais nous ne devons pas revivre un deuxième confinement. Même après une crise, nous avons besoin de manger. L’Itinéraire est un projet unique de préemployabilité en plus d’être un média unique dans le paysage québécois. Nous avons fait nos preuves et nous avons encore beaucoup à dire, à écrire. Et bien sûr, il y a encore beaucoup d’hommes et de femmes qui ont besoin de nous. Le nous, c’est vous et moi. Aidez-nous à continuer, à participer à une expérience enrichissante pour notre prochain, faites-le maintenant, n’attendez pas.

Le public retrouvera son camelot. Nous avons hâte de vous revoir !