GAFAM

Que des pinottes pour les médias

Milton Fernandes

Les GAFAM, ces géants du web regroupant les Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft de ce monde, n’auront bientôt plus besoin de description. À l’instar des communautés LGBT, dont l’acronyme s’étire sur LGBTQIA2S, les GAFAM pourraient suivre la tendance en rajoutant les Netflix, Twitter, Yahoo, LinkedIn, Instagram +++.

La façon de s’informer, se divertir, d’acheter et d’échanger avec les autres a complètement changé, grâce aux tout-puissants du numérique qui façonnent notre consommation sur le web, pour le meilleur ou pour le pire. Par exemple, quand je choisis mes sources d’information en ligne, il est certain que les algorithmes du web me proposeront du contenu en fonction de mes récentes navigations, mais aussi en fonction de ceux qui ont payé pour se retrouver en tête des résultats de recherche.

Allez fureter sur certains navigateurs et on vous proposera des actualités enterrées dans des infos aussi passionnantes que la dernière coupe de cheveux de la vedette de l’heure, des hauts et des bas de la vie amoureuse d’une autre ou encore, les vidéos de pitous et de minous qui cartonnent sur le web.

Et c’est précisément sur ces plateformes que le gouvernement fédéral a choisi d’investir la part du lion de son budget publicitaire. Radio-Canada révélait dernièrement qu’en 2018-2019 «  … [Ottawa a dépensé] 52 millions de dollars en publicité chez Google, Facebook, Twitter et autres géants numériques chez qui aucune taxe n’est récoltée ». Pour les médias en ligne, le gouvernement n’a déboursé que 11,6 millions de dollars pendant la même période.

C’est carrément désavantageux tant au niveau fiscal que financier pour les médias, qui, on le sait, sont de plus en plus nombreux à être acculés à la faillite, faute de revenus publicitaires qui ont fondu comme neige au soleil au cours des dernières années. Ça fait mal à beaucoup de monde. L’Itinéraire inclus.

Tenus en otage par la pub

La pub gouvernementale a-t-elle un plus grand impact sur les GAFAM ? Pas certaine. Personnellement, quand je veux consulter une vidéo ou autre contenu, je préfère fixer la petite case « Ignorez l’annonce » plutôt que de regarder la pub qui m’est imposée avant d’y avoir accès. Et je rage quand je n’ai pas cette option.

À cet égard, les entreprises qui snobent les médias locaux et nationaux devraient suivre l’exemple de VIA Rail. Tel que rapporté dans La Presse par le journaliste économique Jean-Philippe Décarie, en 2019, VIA Rail a alloué 80 % de sa publicité à sa campagne « La voie qu’on aime » à des médias et plateformes canadiens et seulement 20 % aux GAFAM. Résultat : le transporteur ferroviaire a augmenté sensiblement ses revenus, son volume de transactions et le nombre de passagers. C’est dire que les médias sont encore une vitrine importante pour les annonceurs.

Enfin, il est important de souligner que, bien que L’Itinéraire soit aussi affecté par la baisse de revenus publicitaires en faveur du web, il est impensable que le magazine passe complètement au numérique. Ce serait se tirer dans le pied. Nous sommes papier et resterons papier. Sans une revue physique vendue sur la rue par les camelots, notre mission d’aider ces hommes et ces femmes en situation de précarité sociale et financière tomberait à l’eau.

Cet article intégral vous est offert gracieusement par L’Itinéraire.

Vous en voulez plus?
Procurez-vous une copie auprès de votre camelot ou participez à l'aide à la rédaction en offrant un don.