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Après l’aide gouvernementale, faire payer les GAFAM

Photo : FPJQ

Par MIVILLE TREMBLAY
Collaboration spéciale

Récemment élu à la présidence de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Michaël Nguyen fait le point sur bon nombre de dossiers qui retiennent son attention. La tâche qui l’attend ne sera pas aisée, surtout dans un contexte où les médias sont confrontés à d’énormes défis.

Se réjouissant de l’éventuel soutien gouvernemental aux médias il ajoute qu’il faudra de plus amples mesures pour les maintenir à flot. « L’aide financière est une bouffée d’air frais, déclare-t-il d’entrée de jeu. Mais ce n’est pas fini, les gouvernements doivent aussi s’attaquer aux redevances et à la taxation des géants du web GAFAM*. »

« En ce moment, de grosses compagnies comme Facebook et Google prennent notre contenu journalistique et le reproduisent sur leurs plateformes, sans payer un sou et sans rien produire au Québec », dénonce-t-il.

Pire, elles accaparent les revenus publicitaires, « de l’argent que nos médias perdent et qui s’en va aux États-Unis ou dans des paradis fiscaux. C’est un problème majeur ! »

Il estime que nos gouvernements doivent suivre l’exemple de la France et taxer ces entreprises et les obliger à verser des redevances pour le contenu journalistique qu’elles pillent. « Beaucoup de médias ferment, beaucoup d’emplois se perdent » avec cette concurrence déloyale.

M. Nguyen trouve « extrêmement triste de voir des jeunes brillants qui ont fait leurs études en journalisme, auraient un bel avenir et qui apporteraient beaucoup à la société », ne pas être embauchés. Souvent réduits à un travail à la pige mal payé, plusieurs finissent par quitter la profession.

« Faut vraiment qu’on fasse bloc ensemble pour avancer et assurer la pérennité du journalisme. » Il fait de ce combat sa priorité.

Défendre la liberté de presse

Élu en novembre à la présidence de la FPJQ, M. Nguyen couvre les affaires judiciaires au Journal de Montréal depuis 2011. Il est l’auteur du livre L’affaire Magnotta : Au cœur de l’horreur.

La FPJQ rassemble 1 800 journalistes dans plus de 250 médias de toutes tailles à travers le Québec. L’équipe de rédaction de L’Itinéraire en fait maintenant partie.

« On défend la liberté de presse et le droit du public à l’information. On est les yeux et les oreilles du public », explique M. Nguyen. Chaque fois que cette liberté est menacée, la Fédération intervient, par exemple, pour faire respecter le droit de filmer les délibérations lors d’un conseil municipal.

La FPJQ fait aussi des représentations en commissions parlementaires, devant le CRTC, les juges, la police et d’autres organismes publics, non pour défendre l’intérêt des entreprises, mais bien celui du journalisme.

Lutter contre les fausses nouvelles en éduquant le public

La prolifération des fausses nouvelles est un autre grand défi de la profession. À cet égard, M. Nguyen se réjouit de certaines initiatives comme l’émission Les Décrypteurs sur RDI qui traque les fausses informations. On y explique comment elles se propagent sur les réseaux sociaux et démontrent en quoi elles ne sont pas fondées. « Ils font un travail remarquable », juge-t-il.

Pour sa part, la FPJQ a lancé le programme 30 secondes avant d’y croire destiné aux jeunes. Des journalistes bénévoles se déplacent dans les écoles pour leur expliquer comment détecter les fausses nouvelles. On leur enseigne des petits trucs qui permettent facilement de faire la différence entre le vrai et le faux.

On leur conseille également de prendre quelques secondes avant d’aimer, partager et commenter une nouvelle. Ils apprennent l’importance d’aller au-delà du titre accrocheur pour prendre le temps de lire la nouvelle ou de visionner la vidéo au complet, de vérifier la source, de faire preuve d’esprit critique et de comprendre le but du message (voir à ce sujet 30secondes.org)

Les fausses nouvelles sont à première vue très attrayantes. Et les algorithmes de Facebook privilégient la popularité mesurée par les clics, plutôt que les sources fiables. Il existe des usines à fausses nouvelles qui en produisent à la tonne et qui génèrent d’importants revenus publicitaires, explique M. Nguyen.

L’argent n’est pas le seul motif, car les fausses nouvelles secrètement produites par des puissances étrangères comme la Russie, l’Iran et la Chine cherchent à exacerber les conflits sociaux ou à influencer le résultat des élections.

Les plateformes de diffusion et les gouvernements doivent s’attaquer plus résolument à ces tentatives. Mais la meilleure défense demeure « le journalisme de qualité, sérieux, auquel les gens peuvent faire confiance ».


* Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft.

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