Ma parole

Dans le ventre du budget

Photo : Miville Tremblay

Prix Claude-Brûlé 2019
Meilleur article actualité/société


On se croirait dans une grande classe d’élèves studieux, penchés sur de gros livres, sous l’oeil bienveillant de leurs professeurs. De fait, la centaine de journalistes fouille les briques du budget, tandis qu’un groupe de fonctionnaires se tient prêt à répondre à leurs questions.


J’arrive ce matin dans le huis clos qui précède le discours sur le budget, que prononcera le ministre des Finances Bill Morneau en fin d’après-midi. Mais avant d’entrer, j’ai du remettre mon téléphone cellulaire et ajuster mon ordinateur pour qu’il ne puisse pas communiquer à l’extérieur de la salle.

Les règles de sécurité du huis clos sont sévères. Une fois dans la salle, personne ne peut sortir ou communiquer avec l’extérieur et révéler les secrets du budget avant que le ministre les annonce officiellement à la Chambre des Communes. De cette façon, les journalistes sont obligés de bien étudier le budget et ont le temps de rédiger soigneusement leurs articles avant qu’ils ne soient diffusés, tous en même temps.

Dans la capitale fédérale

J’ai eu deux guides dans cette aventure: Laurent Soumis, journaliste-responsable de l’accompagnement à L’Itinéraire, et Miville Tremblay, ancien journaliste en économie et ex-directeur à la Banque du Canada. Ils ont assisté à de nombreux huis clos et connaissent bien ce milieu.

Nous nous installons aux places réservées à L’Itinéraire, puis on épluche les documents pour trouver les annonces touchant le logement social, la raison principale de notre voyage. Le texte n’est pas clair et nous allons poser nos questions au fonctionnaire responsable du dossier afin de préparer mon article sur le sujet.
Après le dîner, on nous annonce que le ministre Morneau va donner une conférence de presse dans un petit auditorium voisin. Il fait un court discours sans aucune note, puis répond, en politicien habile aux questions des journalistes, qui font la queue derrière les micros.

Et deux jours plus tard à Québec

Deux jours plus tard, à peu de choses près, la scène se répète à Québec pour le budget du ministre des Finances Éric Girard, qui lira cependant une présentation beaucoup plus longue avant de répondre aux questions.

Ici, la salle du huis clos est beaucoup plus vaste et accueille, en plus des journalistes, des économistes et des porte-parole de divers groupes qui s’intéressent au budget. À Ottawa, ces gens étaient répartis dans plusieurs petites salles.

Autre différence, le lunch est pas mal meilleur à Québec qu’à Ottawa ! Mais il est beaucoup plus cher.
À Québec, les gens se connaissent et aiment échanger entre eux, même si la pression pour terminer leur texte rapidement se fait sentir.

À la rencontre de deux sous-ministres

À Ottawa, j’ai eu la chance de jaser avec le sous-ministre des Finances, Paul Rochon, le deuxième fonctionnaire le plus puissant au Canada. Et contrairement à son patron Bill Morneau, qui doit se faire réélire à l’automne, son poste est permanent ! Je lui ai parlé de L’Itinéraire et je lui ai raconté mon histoire, qu’il a écouté avec intérêt. D’ailleurs, sa fille étudie l’impact de l’itinérance sur la santé.

À Québec, j’ai eu aussi la chance de discuter avec le sous-ministre des Finances Pierre Côté. J’ai également parlé avec l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis, le président de la Chambre de commerce de Montréal, Michel Leblanc, ainsi qu’avec plusieurs autres personnes influentes.

Ce qui m’a beaucoup frappé, c’est que contrairement aux gens qui passent tout droit lorsque je vends le magazine, je me suis senti respecté, sans être jugé pour mon statut de camelot-rédacteur.
J’ai aussi mieux réalisé l’importance et la complexité des décisions qui sont prises dans un budget, et qui affectent tous les lecteurs de L’Itinéraire.

Cet article intégral vous est offert gracieusement par L’Itinéraire.

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