Chronique

Sous l’emprise de la dame blanche

Photo : 123rf

Prix Jean-Pierre-Lizotte 2019
Meilleure chronique libre

par JO REDWITCH

La consommation de cocaïne n’est pas quelque chose à prendre à la légère. Je suis malheureusement passée par là pour être aujourd’hui qui je suis, et j’ai connu les tréfonds de l’enfer avant de me sortir de cette dépendance.
Le comment du pourquoi

J’avais 14 ans quand j’ai été violée par deux hommes dans les bois. J’ai refusé de voir la réalité même si un fœtus a germé en moi. J’ai perdu le bébé, fort heureusement. Ma mère m’a accompagnée à l’hôpital où on a fait un petit ménage dans mon ventre. Elle était découragée de la situation. Je ne lui avais rien dit sur mon agression.

Les débuts

Quelques semaines plus tard, j’ai croisé par hasard — si hasard il y a — un garçon qui était en train de consommer de la cocaïne. « T’en veux ? », me demande-t-il. « Ouais ok », ai-je répondu. C’est à cette seconde précise que ma vie a changé. Je n’ai vécu que pour elle, la dame blanche, ma ligne de coke, mon exutoire… J’y pensais sans cesse. Cela engourdissait mes pensées sur le traumatisme que j’avais vécu.

Les premières années, j’ai consommé au rythme d’une fois par semaine, des fois deux en petite quantité. Puis, j’ai commencé à faire de l’argent facile et la cadence a augmenté.

À 22 ans, j’étais mûre pour une désintoxication, mais je suis tombée enceinte. Je n’ai pas consommé pendant ma grossesse. Un petit verre de bière pour tenir le coup de temps en temps. Après l’accouchement, j’ai recommencé et j’ai rattrapé le temps perdu.

Un mode de vie

À 25 ans, j’étais une vraie droguée et je valorisais ce mode de vie. J’étais comme ça et je l’acceptais. Puis à 27 ans, j’ai pris un autre tournant. J’ai décidé de commercialiser mon corps, de la location à très court terme. Je n’aime pas le mot « putasser » comme le disais Nelly Arcand ou encore vendre son corps, car cela sous-entend une forme de traite humaine.

J’aime mieux le mot « commerce », ça fait femme d’affaires, ce que j’étais d’ailleurs à cette époque. J’ai acheté une maison, un immeuble commercial, et j’avais mon fonds de commerce pour ma bijouterie. Tout cela en étant « Maryse », la droguée qui s’assumait.

Pendaison

La première fois que j’ai pensé d’arrêter la coke, ma drogue de choix, c’est à la mort de mon ex-copain, le père de mon fils. Le pauvre avait 10 ans quand son père Robin s’est pendu dans la garde-robe chez sa mère. Il était toxicomane et sa souffrance l’a mené au bout d’une corde.

J’ai consommé pendant trois jours, sans arrêt, avant d’annoncer la triste nouvelle à mon fils. Mais cela n’a pas suffi. La cocaïne c’est puissant, parfois encore plus que l’amour pour nos enfants. J’ai donc continué…

Bas fond

C’est à 39 ans que j’ai finalement touché le fond. Je pense que c’est nécessaire pour penser à se relever. Aujourd’hui, ma vie a changé. J’ai fêté mes huit ans d’abstinence le 24 septembre dernier.

Je ne prends plus de drogue, ni d’alcool ni de médicaments pour la douleur. Je mange bien et j’essaye de faire de l’exercice. Je maintiens le cap, même si parfois, je perds espoir. Je persévère malgré les « malgrés ».

Quoi qu’il en soit, je n’échangerais pas ma pire journée d’aujourd’hui avec la « meilleure » de mon passé.
Je vous parlerai dans un prochain numéro des séquelles qu’a laissée cette substance sur ma vie, ainsi que des conséquences sur mes proches. D’ici là, je ne lâche pas !

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