Éditorial

100 hésiter !

Oui, je sais. C’est inhabituel qu’un graphiste écrive un éditorial. Mais l’occasion s’y prête aujourd’hui  : c’est ma 100e mise en page du magazine ! Fidèle au poste depuis septembre 2015, j’arrive à 100 magazines consécutifs sans jamais avoir abandonné le fort.

Répondez-moi : quel(le) graphiste au monde aimerait avoir l’opportunité de se réinventer deux fois par mois ? Oui, j’ai bien dit réinventer. Car chaque magazine doit être « unique ». Les camelots n’ont que deux secondes pour capter l’attention des passants dans une station de métro ou un coin de rue achalandé. Alors, il faut se réinventer deux fois par mois. C’est un vrai défi, un vrai plaisir.

Autodidacte au Brésil, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour j’allais avoir la chance d’être responsable de la création visuelle d’un projet social aussi passionnant que L’Itinéraire. Même avec une expérience de 10 ans dans le domaine éditorial, avec en poche un baccalauréat en histoire obtenu avant d’arriver au Québec en 2012, je n’avais jamais pensé avoir la chance d’améliorer la vie des gens de façon aussi directe.

Je considère les camelots comme des critiques francs et exigeants… « Milton, j’ai beaucoup aimé la couverture. » « Milton, la couleur ne me plaît pas.  » « Milton, au début je pensais que ça n’allait pas se vendre et finalement j’ai beaucoup vendu. ». Voulez-vous des commentaires plus directs que ceux-là ? Impossible !

La porte de mon bureau est toujours ouverte à cet échange d’expériences et de points de vue. Tout ce que je visualise sur mon écran se matérialise quelques jours dans la rue, exposé directement à la crudité de la vie, devant la ville, confrontant l’être humain, sans filtre, sans intermédiaire commercial, sans présentoir froid, de façon directe dans les mains chaudes des camelots.

Oui, je confesse que ce n’est pas toujours un conte de fée. En 2019, être responsable de la création visuelle dans un organisme communautaire, ce n’est pas une tâche simple. Surtout quand on veut faire du « tout-à-l’interne » pour essayer d’économiser des sous : conception, impression, reliure et finition du rapport annuel, cartes de Noël, mise en page de deux recueils de textes de camelots de 216 pages, conception d’une exposition au World Press Photo, papeterie interne, édition spéciale du 25e anniversaire, prise de photos pour toutes sortes de projets. Travailler à L’Itinéraire, c’est participer à une transformation sociale quotidienne.

Bon, OK, certaines récompenses viennent aussi sous la forme de prix. Au cours des quatre dernières années, j’ai ainsi gagné quatre prix de l’AMECQ (Association des médias écrits communautaires du Québec) pour la meilleure conception graphique, ainsi que le prix de la meilleure couverture 2019 choisie parmi celles de 100 journaux de rue membres de l’INSP (International Network of Street Papers) à travers le monde.

Mais pour être honnête, tout ça est l’aboutissement de ce qui se passe jour après jour dans mon bureau, loin des projecteurs médiatiques. Récolter le sourire sincère d’une personne qui a tout perdu dans la vie, cela n’a pas de prix. Tout comme les témoignages de confiance, de joie et de reconnaissance des camelots. Tout cela me donne l’amour en récompense.

Cet article intégral vous est offert gracieusement par L’Itinéraire.

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