Editorial

Un endroit bien à soi

 Je rentre chez moi, j’ai hâte d’arriver à la maison, home sweet home… » Le logement, ce n’est pas juste un lieu physique, c’est un reflet de qui on est. Il peut être tant un refuge et havre de paix, que le point de ralliement familial, la centrale de partys ou simplement un pied à terre.

Que l’on vive seul, au sein d’une grande famille, en couple ou avec des colocs, on a, pour la plupart, le privilège de retrouver un endroit bien à nous. Une place que l’on a appelle chez soi, où l’on se retrouve « dans ses affaires », dans son intimité, où l’on peut se déposer.

C’est le cas de la grande majorité de nos camelots. Certains d’entre eux nous ont même ouvert la porte de leur chez soi pour nous laisser entrer dans leur intimité, comme vous le constaterez dans le très beau photoreportage réalisé par Simon Posnic et Mario Alberto Reyes Zamora.

Une fausse croyance

Tenez, j’en profite pour déboulonner une croyance répandue qui veut que les camelots de L’Itinéraire sont tous des itinérants. C’est faux. Beaucoup l’ont été mais ne le sont plus.

Actuellement un très faible pourcentage de nos quelque 150 camelots n’a pas de chez soi. C’est un triste fait que quelques-uns d’entre eux n’ont pas de domicile fixe, vivent soit dans la rue, soit dans leur bagnole ou fréquentent régulièrement les refuges pour sans-abri. Mais ils sont une minorité parmi le groupe.

Et puis, je suis toujours étonnée d’entendre les réactions des gens quand je leur parle d’itinérance. Neuf fois sur dix ils répondent : « Oui, mais beaucoup ne veulent pas sortir de la rue ». Peut-être, mais encore là, c’est une infime minorité. Ce genre de commentaire sert plutôt à se dissocier du complexe problème de l’itinérance chronique qui implique des problèmes de santé mentale et de toxicomanie. On ne parle plus d’une question de volonté, mais de maladie.

Bien que ce soit primordial, il faut plus qu’un logement pour régler le problème de l’itinérance. Il faut de l’accompagnement, un appui psychosocial, des partenariats entre organismes. C’est ce que nous offrons à L’Itinéraire. Grâce à nos liens avec des organismes comme le RÉSAC (Réseau d’habitations de l’Académie), nous avons pu trouver un toit à plusieurs de nos camelots. De plus, nos intervenants accompagnent les participants dans leur recherche de logement à long terme, autant dans le parc locatif privé que communautaire.

« C’est réconfortant d’avoir un chez soi »

Pour la plupart d’entre nous, la phrase ci-dessus va de soi. Mais je me dis toujours que dans la vie, il n’y a pas de certitude et qu’il ne faut jamais rien tenir pour acquis. Quand je discute avec les hommes et les femmes de L’Itinéraire, je me rends compte que, bien qu’ils ont, comme moi, le privilège d’avoir un logement, la rue n’est jamais bien loin.

Aussi, j’aime bien discuter avec Guy, un de nos participants qui a déjà vécu dans la rue pendant près de 15 mois. Un bel exemple de résilience, Guy. Ancien toxicomane, sa dépendance lui a tout fait perdre et il s’est ramassé avec rien, sans toit, sans amis, seul et désemparé. Vivre dans la rue, surtout en hiver, a été une épreuve épouvantable pour lui. Mais un jour, il a eu la force de demander de l’aide et d’entrer en thérapie. Des ressources ont été mises à sa disposition et il a pu accéder à un logement en peu de temps.

« J’avais rien quand je suis entré en logement, mais là je me suis fait un nid bien à moi, relate-t-il. Ça fait du bien d’avoir un bain, de pouvoir se laver, d’avoir de l’intimité.  C’est réconfortant d’avoir un chez soi. »

Merci de nous le rappeler, Guy.

Par josée Panet-raymond
rédactrice en chef