C't'encore drôle

Ode au camping

Ahh, l’été ! La symphonie d’odeurs dans le métro, les chums saouls qui nous donnent une claque sur le coup de soleil, la douleur des cuisses suintantes séparées trop vite d’une chaise en plastique : c’est la plus belle saison de l’année !

L’été, c’est aussi les vacances. Mais attention : il ne faut pas confondre vacances et congé. C’est en devenant une mère que j’ai appris qu’il y a une distinction. Un congé, c’est quand t’es toute seule à la maison durant huit heures à faire semblant de faire du ménage en buvant des cafés Bailey’s dans tes grandes bobettes de maternité. Les vacances, c’est quand t’es pognée dans un char brûlant rempli de valises et d’enfants qui demandent quand est-ce qu’on arrive.

Puisque mon chum est le gros homme dominant qui travaille très fort pour nous faire vivre, je le laisse choisir ce qu’on fait durant les vacances. Et il choisit toujours le camping.

Même si j’ai grandi entre les sapins et les mouches à cheval d’Abitibi, je déteste le camping avec passion. Mais j’aime plus mon chum que je hais le camping. C’est pourquoi, après 11 ans de vie de couple et d’autoconditionnement, j’ai réussi à me convaincre que dormir dans l’bois, c’est divin.

Mon truc : me mordre le bras très très fort, me péter la tête sur un mur de briques et boire trois onces de gin par le nez.

Après ça, je CA-PO-TE sur le camping. Je ne comprends pas pourquoi on ne vit pas constamment dans une tente ; c’t’assez l’fun là !

L’euphorie s’enclenche dès le montage de la tente. Sacrer en cherchant quel bout de quel bout va dans quel bout, c’est mon conte de fées à moi.

Suit le traditionnel déroulage des matelas ; la douce prémisse du plaisir de les gonfler. Je ne vous cacherai pas que tout au long du gonflage, je suis envahie par l’anticipation de la découverte du matelas percé. C’est excitant, parce qu’il faut attendre jusqu’au milieu de la nuit pour savoir qu’il y a un trou dedans. Quand on est en contact direct avec un fond de tente trempée par une vapeur de pisse d’ancien campeur, le matelas est percé.

Une fois installés — on parle de deux heures, 40 piqûres de moustiques et une quasi-séparation plus tard — on a faim. C’est super cool, se faire à manger en camping parce qu’il faut allumer le feu dans lequel on va fort probablement échapper notre lunch en se battant avec une marmotte.

Ce que je préfère du camping, c’est la fraternité intracampeurs. Mes vacances ne peuvent commencer avant qu’un Gaétan sorte sa tête du buisson qui sépare nos terrains pour me dire que j’ai la même voix qu’une fille qui a travaillé au Tigre Géant avec sa bonne femme en 92. J’aime ça les messieurs qui trouvent des introductions créatives pour se téter un hot-dog en respirant par la bouche ben trop proche de mon oreille !

Écoutez, j’aime tellement le camping que le confort m’est maintenant insoutenable. Cinquante semaines par année, je rage dans mon lit. J’me fais pas piquer par les moustiques, j’ai pas mal dans l’dos pis j’me réveille pas au soleil tapant dans une flaque de ma propre sueur ; c’est pas une vie !

Parlez-moi même pas de me lever pour utiliser une toilette sans un caca d’inconnu pas flushé avant de me faire une toast que j’me ferai pas voler par un raton !

Ma passion pour le camping m’a fait perdre beaucoup d’amis. Parce qu’ils ont eu l’impression que je n’aime pas réellement vivre dans la forêt, ils m’ont proposé des alternatives, dont le glamping.

Si vous croyez que je vais en vacances pour me faire faire les ongles dans une yourte en porcelaine écoresponsable, nous ne pourrons jamais être amis. Simple de même.

Je ne suis pas une de ces madames excentriques qui part en vacances pour relaxer. Je suis une de ces madames dévouées à sa famille. Je suis une de ces madames qui se mord le bras très très fort, se pète la tête sur un mur de briques, boit trois onces de gin par le nez et qui fait plaisir aux trois humains qu’elle aime plus que tout.

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