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Une crise du logement comme en 2001

Photo : DJ PAINE (Unsplash)

Aujourd’hui, 1er juillet, jour de déménagement à Montréal, des dizaines de familles risquent de se retrouver à la rue. Les comités de locataires craignent la répétition de la crise de 2001.

« Il y a une pénurie de logements abordables à Montréal, explique Éric Michaud, coordonnateur au Comité de logement Ville-Marie. Il y a des risques d’avoir un scénario similaire à ce qu’on a vu au début des années 2000. »

Cette année-là, plusieurs centaines de familles s’étaient retrouvées sans logis. Et le prix des loyers avait augmenté de 5 %.
Partout sur l’île de Montréal, le taux de vacance des logements diminue chaque année. En 2015, quatre logements sur 100 étaient disponibles; aujourd’hui il y en a moins que deux (1,9%) logements sur 100.

Dans certains arrondissements, la situation est critique. Le taux d’inoccupation atteint à peine 0,4 %, voire 0,1 %. Dans le cas des logements de trois chambres à coucher, le taux de vacance dépasse rarement 0,1 % dans les quartiers centraux.
Au début du mois de juin, « nous avions déjà six ménages qui sont venus nous voir et qui risquent de se retrouver sans logis, dont deux familles avec des enfants », raconte le porte-parole du comité de logement. Ces familles ont été référées à l’Office municipal d’habitation.

Près de 1800 $ de plus par année

Plusieurs facteurs expliquent cette crise du logement au centre-ville. « Les taux de vacance des logements ont diminué assez dramatiquement, indique M. Michaud. Les grands logements familiaux ont disparu. Le coût des logements a explosé. On a vu la valeur des propriétés augmenter plus vite que le taux d’inflation. Beaucoup de condos se construisent au centre-ville. Les spéculateurs achètent pour faire de l’argent avec leur propriété. Ça a un effet d’entraînement sur l’ensemble du marché et ça met de la pression sur le prix des loyers. »

La situation est encore plus critique dans l’arrondissement Ville-Marie. « À Montréal, six personnes sur 10 habitent en logement locatif. Ici dans l’arrondissement, 73 % des gens sont locataires. » Et ça se reflète sur les prix. « À Montréal, les frais moyens de logement mensuels sont de 835 $. Dans Ville-Marie, ils sont de 977 $, donc quasiment 150 $ de plus. C’est beaucoup. »

Sur l’île, 36 % des ménages de locataires consacrent plus de 30 % de leurs revenus pour se loger; dans Ville-Marie, on parle de 48 % des ménages.

En clair, les locataires de l’arrondissement payent 1800 $ de plus par année, mais gagnent en moyenne 7228 $ de moins par année, selon le Front d’action populaire en réaménagement urbain.

L’effet « Airbnb »

Le phénomène « Airbnb » contribue aussi à la rareté des logements, souligne Éric Michaud qui, au moment de l’entrevue ne connaissait pas encore les termes du nouveau règlement provincial attendu pour l’été. « On espère que ça va aller dans le bon sens. »

« Il y a un chercheur de l’Université McGill qui a bien documenté les locations de logements par Airbnb. Les deux principaux arrondissements où il y a le plus de locations sont Ville-Marie d’abord et le Plateau Mont-Royal ensuite. Des centaines de logements sont retirés du marché locatif de façon illégale. Les propriétaires ne respectent pas le zonage et les règlements municipaux. »

Selon Éric Michaud, un autre facteur qui contribue à la rareté du logement locatif, ce sont les conversions en copropriété divise (condominium). « Les propriétaires achètent le départ des locataires puis ils convertissent en copropriété indivise (et ensuite en condos). »

Les comités de logement attendent aussi beaucoup du règlement promis par la mairesse Valérie Plante pour inclure des logements sociaux et abordables dans les futurs projets de développements immobiliers.

Des investissements attendus

 « Il faut que les gouvernements du Canada et du Québec réinvestissent dans le logement social. Le dernier budget de la Coalition Avenir Québec est épouvantable à ce niveau-là. Ils n’ont pas déboursé un sou pour du nouveau logement social. Ils ont réinvesti seulement ce que ça prenait pour finaliser (les projets). Il y avait 15 000 unités bloquées dans la machine parce que les libéraux n’avaient jamais ajusté le programme. La CAQ s’est engagée à mettre l’argent nécessaire pour réaliser 10 000 unités, mais seulement 10 000 en sept ans. Ça fait à peine un peu plus de 1000 par année. C’est ridicule

À moyen terme, le Comité de logement Ville-Marie garde un œil sur l’utilisation de certains terrains qui deviendront disponibles pour éviter ce qui est arrivé à l’ancien Hôpital de Montréal pour enfants (qui est situé juste à côté du Café de la Maison ronde exploité par le Groupe L’Itinéraire.)

« Il y avait le CLSC qui avait proposé de faire un village-santé avec du logement social, une école, un centre communautaire, des services de santé. Finalement le gouvernement n’a jamais appuyé le projet. Ils ont bradé le terrain pour des peanuts. Alors c’est un vrai scandale ce qui est arrivé avec ce terrain- là. »

Des terrains convoités

Pour cette raison, le Comité surveille l’avenir de l’ancien CHSLD Jacques-Viger (autrefois l’hôpital de la Miséricorde), situé à côté de la Maison du Père, sur René-Lévesque. Depuis six ans, le Comité presse la Ville d’acheter l’édifice pour permettre d’agrandir la Maison du Père, et installer une coopérative pour les familles, des ateliers pour les artistes et des logements abordables pour les étudiants.

Le Comité souhaite aussi voir des projets éclore dans la partie sud de l’îlot Voyageur, sur les terrains libérés par la compagnie Molson, dans les bâtiments vacants de l’hôpital Notre-Dame et sur le terrain vague à l’est du pont Jacques-Cartier, devant les locaux de L’Itinéraire. « Il faut qu’il y ait au moins une partie de logements sociaux dans ces secteurs-là. »

Cet article intégral vous est offert gracieusement par L’Itinéraire.

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