DES GENS D'EXCEPTIONS

Léa Roback - Féministe communiste et libre

La lutte des droits des femmes est loin d’être terminée. Dans certains pays, les femmes ont difficilement accès à l’éducation. De plus, l’avortement et les méthodes de contraception sont parfois prohibés. Léa Roback a été une figure importante dans cette lutte au Québec et était très impliquée politiquement. Portrait d’un personnage marquant dans notre histoire.

Léa Roback (1903-2000) était une communiste et une féministe engagée. Elle ne s’est jamais mariée afin de rester libre à une époque où la femme devait être docile et faire ce que son mari lui dit. Elle était pour l’égalité hommes-femmes, pour des meilleures conditions de travail, en faveur de l’accès à l’éducation, contre le racisme, l’homophobie et les inégalités sociales.

Polyglotte, travaillante et empathique

Même si elle est née à Montréal au début du siècle dernier, Léa Roback a vécu majoritairement son enfance à Beauport, dans les environs de la ville de Québec. Ses parents, Moses et Fanny Roback, étaient des immigrants juifs d’origine polonaise. Ils tenaient un magasin général et ont eu neuf enfants. Léa Roback parlait couramment trois langues : le français, l’anglais et le yiddish. Beaucoup plus tard, elle apprit l’allemand. Elle a grandi dans un milieu plutôt modeste. En 1915, sa famille retourne vivre à Montréal. À l’âge de 14 ans, elle travaille dans une teinturerie comme réceptionniste. C’est à ce moment qu’elle s’est rendu compte de l’écart entre les ouvriers francophones et les anglophones généralement plus fortunés. Par la suite, elle a été caissière au théâtre His Majesty. Juste en face, il y avait un bordel. Elle discutait souvent avec les prostituées de l’endroit. Déjà à cette époque, elle était sensible à la cause des femmes.

Étudiante engagée, politiquement impliquée

En 1926, grâce à ses économies, Léa Roback alla étudier la littérature à l’Université de Grenoble, tandis que son frère Henri était étudiant en médecine à Berlin. Elle décida de le rejoindre en 1929. En plus d’enseigner, elle était très impliquée dans la lutte contre le fascisme face à la montée du nazisme. Étant juive et communiste, il était dangereux pour elle de rester en Allemagne. Elle a quitté le pays en 1932. Pendant deux ans elle travailla au Young Women’s Hebrew Association et dans une école spécialisée en délinquance à New York.

En 1934, elle retourna vivre à Montréal pour s’occuper de la librairie marxiste Modern Book Shop qui était située sur la rue de Bleury. Elle travailla par la suite à deux reprises avec le candidat communiste Fred Rose, une première fois aux élections fédérales de 1935, puis pour celles de 1943 comme organisatrice politique (élections que Rose remporta). En 1936, le Québec était dirigé par un gouvernement anticommuniste et conservateur, de l’Union nationale qui avait pour chef Maurice Duplessis. Les livres de la librairie de Léa Roback furent saisis par des policiers à répétition. C’était une époque où les boutiques tenues par des Juifs, dont la librairie où travaillait Léa, étaient vandalisées.

Photo : Clairmont Bergeron

Syndicaliste militante

Toujours en 1936, pendant la crise économique, les conditions de travail et financières des ouvriers se détérioraient. Les femmes qui travaillaient dans l’industrie du textile se faisaient exploiter. L’Union internationale des travailleuses du vêtement pour dames (UIOVD-ILGWU) désirait réformer cette industrie dans plusieurs grandes villes canadiennes. L’organisatrice Rosa Pesotta fut alors envoyée au Canada par le syndicat dont le siège social était situé à New York, mais elle ne parlait pas français. Léa Roback fut son assistante, une aide précieuse puisque plus de la moitié des travailleuses étaient francophones, et que les autres étaient majoritairement juives. Une grève de trois semaines – surnommée la « grève des midinettes » – et rassemblant 5000 femmes sera déclenchée.

Les droits des femmes

Au fédéral, les femmes obtinrent le droit de vote en 1918. Si les provinces canadiennes emboîtèrent rapidement le pas (le Manitoba fut même avant-gardiste en faisant ce changement législatif en 1916), le Québec ne l’autorisa qu’en 1940. Léa Roback collabora évidemment à cette lutte auprès de Thérèse Casgrain. Dans les années 60, elle se joignit à nouveau à Mme Casgrain pour défendre un autre droit : celui de se faire avorter de façon sécuritaire sans être incriminée, ainsi que pour l’accès à la contraception. En plus de Léa Roback, des figures importantes telles que Simone Monet-Chartrand, Jeanne Sauvé et Solange Chaput-Rolland se sont jointes à l’organisme La Voix des femmes créé par Mme Casgrain.

Avant 1969, l’IVG (interruption volontaire de grossesse) était criminelle au Québec. La femme qui avait recours à cet acte, de même que la personne exerçant l’avortement, était emprisonnée (une peine qui pouvait aller jusqu’à la prison à vie pour un professionnel de la santé). De 1969 à 1988, l’avortement fut permis uniquement si la vie ou la santé de la femme était en danger. C’est seulement à partir de 1988 que l’avortement ne fut plus puni par la loi. De nos jours, le droit à l’avortement est encore sujet de bien des débats, venant principalement de groupes pro-vie et religieux.

En 1986, malgré son grand âge et une journée pluvieuse, Léa Roback a marché auprès des femmes pour l’équité salariale. Il faut savoir qu’avant 1996, un employeur pouvait payer une femme nettement moins qu’un homme pour le même travail. De nos jours, cette lutte demeure d’actualité, puisque les métiers dont le ratio de femmes est très élevé, par exemple les infirmières, les préposées aux bénéficiaires et les éducatrices en garderie sont moins bien payées que les mécaniciens, les ouvriers de la construction et les préposés à l’entretien.

En son honneur, la fondation Léa Roback a été créée en 1993. Cette fondation a pour mission d’aider les femmes impliquées dans leur communauté à avoir accès aux études grâce à une bourse. Deux rues portent son nom, l’une à Montréal et l’autre à Beauport. En 2000, Léa Roback est décèdée à 96 ans à la suite d’une malheureuse chute dans l’escalier de la résidence pour personnes âgées où elle habitait. La même année, elle avait été nommée chevalière de l’Ordre national du Québec.

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