Entrevue

Catherine Dorion l'insoumise

Photo : Alexandre Duguay

PAR MATHIEU THÉRIAULT
CAMELOT DE L’ÉPÉE / BERNARD

 

QUÉBEC − Elle ne laisse personne indifférent. Elle a des supporteurs comme des détracteurs. Sitôt élue à l’Assemblée nationale, la députée-poète de Taschereau a fait parler d’elle pour sa tuque, son T-shirt, ses chaussures et son sens de la formule peu protocolaire. Notre camelot-rédacteur a choisi de questionner Catherine Dorion d’un point de vue de gauche. En entrevue, la comédienne et chroniqueuse est aussi revenue sur ses premiers pas de parlementaire en promettant de ne jamais devenir « politicienne ». Entre Mathieu Thériault et elle, le tutoiement s’est vite imposé. La députée de Québec solidaire a choisi de rencontrer L’Itinéraire le 12 décembre dernier, au salon de thé Le Lièvre & la Tortue, dans le quartier Limoilou, à Québec.

Qu’est-ce qu’une fille comme toi fait dans un endroit comme l’Assemblée nationale ?

C’est là que se situe une grosse partie du pouvoir, mais pas tout le pouvoir. Il y a du monde plus puissant qui pèse fort sur nos gouvernements. Mais une bonne partie des leviers du pouvoir se trouve au Parlement. Parmi toutes les personnes qui militent pour des choses que je considère comme valables et nécessaires — l’environnement, la culture, l’égalité et la justice — personne ne veut aller en politique. Au début, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi. Alors j’ai cherché et j’ai entendu : « Au parlement tu es obligé de te travestir, de mentir pis c’est de la marde. » Mais crime, je me dis qu’on se prive d’un des plus importants outils politiques pour propulser le changement social. Si on dédaigne le pouvoir, ça ne changera jamais. Je sais que je peux avoir un impact. Alors j’ai suivi les paroles de Gandhi : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ». Je me suis dit que si je n’arrive pas à convaincre personne de le faire, je le ferai. Peut-être que mon acte va être plus convaincant que mes paroles. Voilà ce que je fais là !

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Photo : Alexandre Duguay

Si tu étais une ville dans le monde, ça serait laquelle ?
Québec. C’est la plus belle ville du monde. Sinon Sarajevo. (Rires.) Parce que ça ressemble à Québec
en termes de grosseur et de culture.  

Un pays dans lequel tu rêves d’aller ou de retourner ?
J’aimerais retourner dans les Balkans. Aussi, j’aimerais visiter la Mongolie. Je ne sais pas… sinon la Russie, la Turquie, la Bosnie.

L’endroit où tu voudrais le moins vivre ?
Montréal. (Rires) Mais non ce n’est pas vrai. Je dirais plutôt une grosse ville full d’autoroutes au sud des États-Unis.

Si tu pouvais te réincarner dans un personnage historique, ça serait qui ?
Pauline Julien. C’était surtout une artiste. Elle était très politique.

À l’inverse, le personnage dont tu aurais voulu que la mère se fasse avorter ?
Ça serait méchant de dire Pierre Elliot Trudeau. Alors je dirais Steve Bannon.

Un livre qui t’a particulièrement marqué ?
Terre des hommes de Saint-Exupéry et Le Zéro et l’infini d’Arthur Koestler.

La musique que tu écoutes pour te sentir bien ?
Levon Minassian.

Le film que tu as écouté jusqu’à en connaître toutes les répliques par cœur ?
C’est un film pour enfants, La Dernière licorne. Je viens de l’acheter à mes enfants. C’est beau, car il y a un personnage féminin qui défie le gros taureau, censé être le plus fort.

Un poète qui t’inspire particulièrement ?
Marjolaine Beauchamp.

Chiens ou chats ?
Les chiens. À cause de Charlot, mon chien.

Le but d’Alain Coté, il était bon ?
Je ne sais pas, je sais que c’est un inside de hockey. Mais si tout le monde de Québec dit oui, alors moi aussi.

Comme députée, as-tu eu l’occasion d’aider concrètement un de tes concitoyens ?
Oui, une école de quartier qui est devenue tellement populaire que les gens du quartier ne pouvaient même plus y aller. On a su hier que ça n’allait pas fermer.

Tu es critique en langue française, culture et communications. Que changerais-tu ?
En culture, j’obligerais Netflix à mettre 60 % de contenu produit au Québec. Mets ton cash et engage des réalisateurs et des acteurs québécois. En relations internationales, développer des liens de solidarité avec la gauche décomplexée en Amérique et en Europe. Pour les aînés et la jeunesse, financer des logements sociaux.