SOCIÉTÉ

Quand «l'enfant-thérapie» s'invite au CHSLD

Photos : Shannon Pécourt

Shannon Pécourt

Dans ce Centre de soins de longue durée, la présence de tout-petits est souvent un bon médicament contre la dépression, la solitude et parfois même contre l’anxiété causée par l’Alzheimer. Bienvenue au Manoir Soleil à Chambly.

Ce CHLSD privé accueille 69 personnes âgées, confrontées à divers degrés de perte d’autonomie physique ou cognitive. Mais ce n’est pas un centre d’hébergement comme les autres. Depuis 25 ans, il accueille également une garderie familiale de six enfants, nommée Aux p’tits rayons.

Il n’y a pas que la garderie qui soit familiale. L’histoire de l’établissement, fondé par Robert Tessier et Suzanne Gaudet il y a presque 35 ans, l’est aussi. C’est leur fille, Nancy Gaudet qui ouvre la garderie au sous-sol du CHSLD, en 1993. À l’époque, enceinte de son deuxiéme enfant, c’était pour elle la façon la plus naturelle de concilier travail et famille. « Mon aînée, qui a maintenant 28 ans, a été élevée ici. Lorsqu’elle était bébé, je la promenais déjà dans les corridors. Quand j’ai ouvert la garderie, elle avait trois ans et demi. » De plus, la mère de Mme Gaudet avait un diplôme en gérontologie. Ensemble, elles parient sur la rencontre des genérations, ce qui s’avère une formule gagnante.

Pour un projet comme celui-ci, Nancy Gaudet affirme qu’« il ne faut pas qu’il y ait un grand nombre d’enfants. [...] À treize, on avait essayé, c’est beaucoup plus difficile à contenir qu’à six ». Cette petite structure peine à rentrer dans ses  frais. « À plus grande échelle, ça serait lucratif. À plus petite échelle, ça ne l’est pas, admet-elle, mais on ne fait pas ça pour l’argent ! »

Mme Tessier


« C’est qui ça ? », lance l’éducatrice Kathy Therrien à Alice, deux ans en pointant vers la porte. « Mémé ! Mémé ! », crie la petite. « Mais non, c’est Mme Tessier ! », dit Kathy. Alice s’approche, le pas encore malhabile. « Allô ! Allô ! », lance-t-elle en s’approchant pour lui tenir la main. « J’aime les enfants, j’en ai élevé trois », s’émeut la dame qui vit dans une des chambres au même étage que la garderie. Tous les matins, son petit plaisir est de venir observer les enfants. La vieille femme peut s’installer devant la fenêtre pendant une heure, juste à regarder les enfants qui jouent dehors. « Elle dit que c’est beau, ça l’apaise, ça la relaxe », dit Nancy Gaudet.

Bienfaits aînés

Au-delà du sourire attendri qu’ils provoquent souvent chez leurs aînés, les enfants contribuent à améliorer leur comportement. À titre d’exemple, Nancy Gaudet et l’éducatrice Kathy Therrien se souviennent d’une dame, aujourd’hui décédée, et de sa relation spéciale avec une petite de la garderie. « Cette dame avait un caractère spécial, très bouillonnant, souvent fâchée contre les préposées aux bénéficiaires. [...] Quand elle devenait agitée, on allait chercher la petite Jade en disant “on va aller voir Mme X, pour manger des toasts avec elle.” Dès que la dame la voyait, ça la calmait. Entre les deux c’était un beau coup de foudre. » Ainsi, explique Mme Gaudet, « on évitait les médicaments, la peine, l’agressivité et le mal-être. »

Même certaines pathologies s’améliorent au contact des petits. Ceux qui souffrent d’arthrite vont jouer au ballon, ce qui délie les doigts. De plus, les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer voient leur condition s’améliorer. Une préposée indique qu’« ils se rappellent des visages et même des noms des enfants ».

Des bienfaits pour les enfants

Ce n’est pas seulement les aînés qui profitent de la présence des enfants. Les bambins dès deux ans et demi deviennent conscients de l’aide qu’ils apportent aux résidents et en retirent une petite fierté, selon les observations de la présidente. « Quand le petit Antoine, dit à une résidente “Oh t’as un beau chandail, madame !” Ça fait tellement plaisir à la dame, parce ce que c’est spontané, ça vient du cœur. »

Aussi, les enfants développent une empathie, une compréhension envers les séniors. Ils jouent même parfois « aux petits vieux », raconte Kathy Therrien. Elle se souvient d’un petit qui tirait sur le bras d’un autre, couché par terre. « C’est une personne âgée, je l’aide, elle était tombée ! »

Au final, « ça fait des enfants ouverts » et qui auront moins de préjugés envers les aînés, estime Nancy Gaudet. Elle assure que les petits s’habituent très vite à voir des personnes en fauteuil roulant, qui bavent ou qui font des phrases décousues. Pour eux, c’est la vie, et c’est normal.

Mme Denault




Les enfants font leur entrée dans la grande salle commune à bord du rutilant « poupon-bus » rouge. Une dame aux cheveux blancs arrive au pas de course avec sa marchette pour s’asseoir et regarder les enfants jouer.

« Si je pouvais, j’irais m’asseoir par terre avec eux pour jouer au ballon. Comme je le faisais avec mes petits-enfants », admet Mme Denault, elle-même deux fois arrière-grand-mère. Quand on lui demande, elle avoue : « Je n’ai pas de préféré, je les aime tous ! » Aujourd’hui, c’est avec Arnaud, deux ans et demi, un des petits-fils de la présidente, qu’elle jouera au ballon.

Morts

Comme dans tout CHLSD, les décès de résidents sont affaire courante, d’autant plus que celui-ci possède une unité de soins palliatifs. Lorqu’un aîné meurt et que les enfants l’apprennent, l’éducatrice leur expliquera selon leur capacité de compréhension. « Mais s’ils n’en parlent pas, je n’en parle pas », confie-t-elle.

Milieu de vie et employés

Si la cohabitation intergénérationnelle est un plaisir à la fois pour les aînés et les enfants, elle profite également aux employés du Manoir Soleil. « Quand les enfants sont là, la dynamique change, raconte une préposée aux bénéficiaires devant les enfants jouant au ballon. Ça rend les résidents plus joyeux, c’est vraiment le fun. » Ce milieu de vie agréable contribue aussi à garder les employés plus longtemps. Si beaucoup de CHSLD manquent de préposés aux bénéficiaires, le Manoir Soleil garde les siens pendant 10 voire 15 ans.

Zoothérapie

En plus de l’« enfant-thérapie », c’est avec la zoothérapie que le Manoir Soleil expérimente. Rose, une belle chienne Montagne des Pyrénées de cinq mois fait partie de la petite troupe des bambins. Elle se balade allègrement dans le centre, au plus grand plaisir de tous.

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