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Kevin Owens : Des sous-sols d’églises aux sommets de la WWE

Photo : courtoisie

Par Luc Deschênes

L’INSP a traduit l’excellent article que Luc Deschênes a fait sur Kevin Owens. Ce reportage circule actuellement à travers le monde grâce au réseau international des journaux de rue.

Le 17 mars dernier, j’ai vécu un véritable rêve : réaliser une entrevue téléphonique avec un de mes lutteurs préférés, Kevin Owens. Son long parcours vers les plus hauts sommets est une histoire inspirante.


Kevin Steen, de son véritable nom, est originaire de Marieville. Il a longtemps lutté sur les circuits indépendants avant d’intégrer la World Wrestling Entertainment (WWE), la plus grande fédération de lutte au monde, soit l’équivalent de la LNH pour le hockey.

À 14 ans, il luttait dans les galas du grand lutteur québécois Jacques Rougeau. De la persévérance, il lui en a fallu beaucoup, car avant d’intégrer l’empire qu’est la WWE, il a dû faire ses preuves en travailleur acharné. Il a continué à lutter un peu partout au Québec, dans les bars et les sous-sols d’églises, et aux États-Unis sur la scène indépendante.

Malheureusement, l’argent gagné sur ces circuits ne lui permettait pas de vivre correctement. Je lui ai demandé si après 15 ans, il avait eu des doutes sur le fait qu’il ne pourrait jamais se rendre à la WWE. « J’y ai toujours cru mais ce qui me faisait douter, c’était l’aspect familial. » Les superstars de la WWE sont presque 20 jours par mois sur la route, mais après mûre réflexion, il a réalisé que même en luttant sur les circuits indépendants, il était souvent absent pour aller lutter à l’autre bout du pays, en plus d’occuper un emploi dans un entrepôt. Sur ce point, il rend un véritable hommage à sa femme et ses parents qui s’occupent encore de ses deux enfants durant les longues tournées.

Quand tu vas voir un film, tu es très conscient que c’est de la fiction. Tu ne sors pas du cinéma en cris parce que Denzel Washington ne s’est pas fait tirer dessus pour vrai.

Un rêve devenu réalité

À l’âge de 30 ans, il a intégré la WWE sous le nom de Kevin Owens, Owens étant le prénom de son fils, en hommage au lutteur canadien Owen Hart, décédé lors d’un tragique accident. Depuis, « K.-O. » côtoie de nombreux lutteurs qu’il voyait à la télévision quand il était adolescent, comme Triple H, Steve Austin, The Rock et Shawn Michaels. On sent dans ses propos qu’il a une véritable admiration pour ces légendes du ring : « Je dois parfois me pincer pour me rappeler que je ne suis pas en train de rêver », plaisante-t-il.

En tant que grand fan de lutte, ce segment évoqué lors de notre entrevue m’a grandement passionné car les quatre lutteurs mentionnés ont aussi bercé mon adolescence. Je lui ai demandé s’il y avait une de ces légendes qu’il aimerait affronter dans le ring. Il s’est empressé de répondre Shawn Michaels, mais son rêve ne risque pas de se réaliser : celui qu’il considère comme le meilleur lutteur de tous les temps est à la retraite depuis 2010.

En août 2016, le Québécois a remporté le championnat universel de la WWE, l’un des plus importants de la fédération. L’émotion était à son comble. À ce moment, il m’a révélé qu’il a revu devant ses yeux une partie de sa carrière et qu’il a pensé à ses deux grands-pères avec qui il regardait la lutte quand il était enfant.

Une discipline incomprise

Quand il a remporté ce championnat, beaucoup de gens ont dit et écrit que ce n’était pas un exploit de taille, la lutte étant scénarisée : « On lui a donné le titre, il ne l’a pas gagné pour vrai. » Ce commentaire est revenu souvent sur les réseaux sociaux. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’au moment où la WWE décide d’un champion, elle en fait alors d’une certaine façon son porte-parole, celui qu’on voit sur les affiches promotionnelles et souvent dans les finales des galas télévisés. L’honneur qu’il a reçu serait l’équivalent d’un acteur québécois qui décrocherait un premier rôle dans un film américain.

On entend souvent dire que la discipline est arrangée et que les lutteurs ne se font pas mal « pour de vrai ». Kevin Owens explique que lors des combats, ils essaient de ne pas blesser leur adversaire ; leur but n’est pas d’infliger une commotion cérébrale, mais leur corps est mis à rude épreuve. Lors des chutes hors du ring, quand ils s’effondrent sur une table ou quand ils reçoivent des coups de chaises dans le dos, la douleur est bien réelle. Heureusement, les coups de chaise sur la tête sont interdits depuis 2009.

Kevin dit fréquemment qu’il n’a pas les meilleurs genoux du monde : souvent, les lutteurs se blessent et des interventions chirurgicales sont nécessaires. Savoir tomber et prendre des coups demande beaucoup d’entraînement. « Des gens ne sont pas capables de comprendre l’art de la lutte, toutes les subtilités et les trucs que l’on met en œuvre pour ne pas blesser notre adversaire et le paralyser. C’est, à mon avis, un manque d’ouverture. »

Son palmarès WWE

  • Champion universel
  • Deux fois champion intercontinental
  • Deux fois champion des États-Unis
  • Champion NXT

Fight Owens Fight, the Kevin Owens Story

Un documentaire retraçant le parcours du lutteur sera disponible à partir du 4 juillet 2017, uniquement en langue anglaise. On y retrouvera plusieurs de ses combats et les moments forts de sa carrière, entrecoupés d’entrevues.

Garder les pieds sur terre

Les lutteurs et lutteuses de la WWE sont des athlètes très populaires à travers le monde entier. Ils font des apparitions à la télé, des entrevues, ont plusieurs produits dérivés à leur effigie et ils gagnent de très bons salaires. Autant d’éléments qui pourraient leur donner la grosse tête et ignorer leur public. On voit au contraire dans les propos de Kevin Owens que presque tous les lutteurs et lutteuses apprécient la chance qu’ils ont de gagner leur vie grâce à leur passion. « Sur une centaine de lutteurs, il en a peut-être trois ou quatre qui n’apprécient pas ce qu’ils ont. Moi, quand je me promène sur la rue, je suis toujours Kevin Steen qui est en premier lieu un fan de lutte. Je me considère comme un privilégié. » Il se dit parfois surpris que des fans lui demandent de se faire photographier avec lui. « Quand je vais au dépanneur le lundi matin, je me demande pourquoi le commis veut prendre une photo avec moi… Je suis juste un gars qui a oublié qu’il n’avait plus de lait dans le réfrigérateur. »

Malgré le fait que la lutte soit un spectacle, les émotions de Kevin Owens et le respect envers le public sont réels. Lors de son premier passage avec la WWE au Centre Bell en septembre 2015, alors qu’il venait de battre le lutteur suisse Cesaro, il a rendu un hommage à sa famille et au public. Il a alors dit qu’il avait attendu 15 ans pour vivre ce moment.

Le 24 mars dernier, sa présence à Montréal a encore été des plus spéciales : il a affronté son compatriote québécois Sami Zayn avec qui il a fait équipe et combattu plusieurs fois en un contre un sur les circuits indépendants. Ils ont eu l’honneur de clôturer la soirée avec un match de style combat de rue, ce qu’ils avaient souvent fait lorsqu’ils n’étaient pas encore à la WWE. Kevin a subi la défaite mais a vécu un rêve de pouvoir se battre avec Sami au Centre Bell ; dans les bars et sous-sols d’église, les foules sont souvent inférieures à une centaine de spectateurs.

Une semaine plus tard, il a participé à Wrestlemania 33, le plus gros gala à la WWE présenté devant plus de 75 000 spectateurs. Pour le championnat des États-Unis, il a défait Chris Jericho, qui était un de ses lutteurs préférés à l’adolescence.

Une profession particulière

La première chose que conseille Kevin Owens aux jeunes garçons et aux jeunes filles qui prennent une place de plus en plus importante à la WWE, est de bien choisir leur école de lutte. « Tout le monde ne devrait pas être dans un ring de lutte », dit-il. Il y a en effet beaucoup de fédérations indépendantes qui ne mettent pas en place les bonnes règles de sécurité pour éviter de grandes blessures. La lutte demande une certaine force physique, mais aussi de la coordination et de la souplesse. Elle requiert aussi un grand sens de l’autodérision car dans les scénarios, il n’est pas rare que les lutteurs s’attaquent à leurs adversaires sur leur physique ou leur passé.

Si peu de personnes peuvent en faire leur métier, le Québécois invite les jeunes à croire en leurs moyens et à ne laisser personne leur dire qu’ils ne réaliseront pas leur rêve. « C’est ce que j’ai fait, conclut-il, et c’est la raison pourquoi je suis à la WWE en ce moment. »

Cet article intégral vous est offert gracieusement par L’Itinéraire.

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