ÉDITORIAL

Passer de la survie à la vie

Photo : 123RF

C’est le mois d’août, il fait chaud, il fait beau, du moins lorsqu’il ne pleut pas… Alors, quand on n’a pas de toit, être itinérant est moins pénible pendant la belle saison. N’est-ce pas ? Pas vraiment. Bien sûr, c’est moins pire que de grelotter à moins 20˚C, mais passer la nuit à la belle étoile, sous un viaduc, dans un recoin d’un terrain vague ou sur un banc de parc n’a rien de reposant. Surtout quand il pleut ou quand il faut se lever aux aurores pour éviter de se faire déloger par la police.

La situation n’est pas tellement meilleure pour ceux et celles qui font du couchsurfing chez des connaissances, comme c’est souvent le cas des femmes sans domicile fixe (SDF). Elles sont alors à la merci de la personne qui accepte de les héberger momentanément. Il y a aussi les gens qui ont réussi à échapper à la rue, mais qui vivent dans des logements, ou plutôt des piaules infectes, insalubres et dangereuses.

Certaines personnes diront, en parlant des itinérants : « Y’en a qui veulent pas sortir de la rue ». C’est là une réponse rapide qui dédouane et met le couvert sur un problème complexe pour lequel il n’y a jamais de solution unique et rapide.

2000 Solutions

C’est d’ailleurs ce problème complexe qui a été abordé lors d’une conférence de presse donnée pas le Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal en juillet. Le MMFIM, qui compte comme membres plusieurs refuges et organismes communautaires lançait son nouveau tableau de bord web 2000Solutions, qui compile les données sur le nombre de personnes issues de l’itinérance chronique et cyclique placées en logement par ces organismes. On y découvre aussi des chiffres sur les personnes itinérantes et leurs profils ainsi que des témoignages touchants de gens qui s’en sont sorti.

On y apprend que 552 personnes ont pu quitter la rue pour être placées en logement, qu’il s’agisse d’une location dans un immeuble privé avec un soutien SRA (Stabilité résidentielle avec accompagnement), issu du programme « Logement d’abord » ou encore dans un logement social géré par un organisme sans but lucratif. De ces 552 personnes, 245 sont logées depuis plus de 12 mois consécutifs, ce qui démontre justement la complexité de l’itinérance, qu’il n’y a pas une solution unique pour aider des gens qui vivent avec divers problèmes de santé mentale, d’alcoolisme et de toxicomanie.

Selon James McGregor, directeur général du MMFIM, ce portail web a pour objectif de « montrer au grand public, aux décideurs et aux organismes communautaires qu’il est possible de loger des gens qui ont passé des années dans la rue ».

Bien ancrée

Les organismes comme les missions Bon accueil, Old Brewery, Chez Doris et la Maison du Père, pour ne nommer que ceux-là, font un travail admirable pour aider ces personnes vulnérables à retrouver un chez-soi.

Soulignons que nous aussi à L’Itinéraire avons comme mission d’offrir de l’aide au logement et autres soutiens à nos participants. D’ailleurs en 2016-2017, nous avons trouvé un logement à une dizaine de nos camelots et participants qui étaient soit sans domicile fixe ou qui vivaient dans des conditions déplorables. Jean-François Morin-Roberge (Jeff pour les intimes), notre intervenant psychosocial est le mieux placé pour en parler.

« Certains vivaient dans des chambres de 10’X10’, qu’ils payaient 500 $ par mois, punaises de lit et voisins perturbateurs inclus. » Le boulot de Jeff c’est de travailler avec les organismes comme la RESAC (Résidences de l’Académie), la Maison Lise-Watier et autres logements sociaux subventionnés et d’y placer de nos participants qui ont fait un bout de chemin sur la voie de la réinsertion sociale. Et ça ne s’arrête pas là, il veille à ce que cette intégration soit la plus harmonieuse possible; s’il y a des problèmes ou que les règles du logement ne sont pas respectées, Jeff fait le suivi et accompagne les participants.

« Quand l’itinérance est tellement ancrée dans la personne, ce n’est pas si facile de l’en sortir, dit-il. Ça se fait de façon très progressive. Aussi beaucoup étaient pris dans des blocs où les dealers circulaient librement, mais voulaient arrêter de consommer. Dans de tels environnements, c’est presque impossible pour eux d’améliorer leur situation. Alors il faut les sortir de là. »

Une fois intégrés en logement, plusieurs ex-itinérants ou SDF ne savent pas comment composer avec leur nouvelle réalité. Ils se sentent désorientés, souffrent parfois de claustrophobie entre quatre murs et ont du mal à vivre seuls. D’où le bris de conditions.

Mais, avec le temps, et avec le soutien de Jeff, plusieurs arrivent à trouver une bonne stabilité. « J’ai un des gars qui est venu me montrer sa première facture d’Hydro en 15 ans. Il était tellement fier ! C’est bien le seul que je connaisse qui est content d’en recevoir une », rigole-t-il, tout en ajoutant que ce sont là des victoires, aussi petites soient-elles qui constituent de belles réussites et par lesquelles il trouve la valorisation dans son travail.

Cet article intégral vous est offert gracieusement par L’Itinéraire.

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