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Pharmaciens communautaires : votre nouveau « docteur » ?

Photo : Scyther5 / 123RF

Par Geneviève Bertrand

 

Les patients consultent un pharmacien en moyenne neuf fois par année, révèle une étude de l'Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ). Ce nombre risque d’augmenter, car avec de plus nombreux chapeaux qu’ils sont appelés à porter, s’ajoute celui de pharmacien communautaire dont les activités sont appelées à évoluer.

Prodiguant des services médicaux en plus de prévenir des maladies chroniques et des décès prématurés, ce nouveau rôle permettrait d’alléger le fardeau qui pèse sur le système de santé, en engendrant jusqu’à 25,7 milliards de dollars d’économies pendant les 20 prochaines années, révèle un nouveau rapport du Conference Board du Canada.

« Je n’ai pas vérifié ces chiffres, mais un patient sur cinq âgé de plus de 65 ans se retrouve à l’urgence car il ne prend pas la bonne dose. C’est clair que si on réglait davantage le problème de l’utilisation des médicaments, cela permettrait des économies, ça sauverait des vies et diminuerait des visites à l’urgence. Au-delà des économies d’argent, cet élargissement du rôle des pharmaciens permettrait de bien traiter les patients. On encourage une plus grande collaboration entre pharmaciens, médecins et infirmières », affirme Manon Lambert, directrice générale de l'OPQ, au cours d’un entretien téléphonique.

Infrastructure déjà en place

« Si on leur en donne l'occasion, les pharmaciens communautaires pourraient en faire davantage et aider à combler les besoins croissants en soins de santé en prodiguant des services accessibles, pratiques et peu coûteux, affirme Alistair Bursey, président de l’Association des pharmaciens du Canada (APhC). L'infrastructure pour la prestation de ces services est déjà en place partout au pays. »

Permettre aux pharmaciens de dispenser certains services se traduirait par une diminution du nombre de visites dans les cabinets de médecins et les salles d'urgence, une réduction des coûts en soins de santé, une amélioration des résultats de santé des patients et un accès bonifié aux services de santé en régions rurales et éloignées. Parmi les soins envisagés des pharmaciens, on retrouve des services de cessation du tabagisme, d'examen et de gestion des traitements médicamenteux avancés contre les maladies cardiovasculaires et de vaccination contre le pneumocoque.

Mutation en cours

La directrice de l’OPQ ajoute que le partage des tâches est à présent bénéfique pour les patients. « Par exemple, pour le rhume des foins, les pharmaciens sont très impliqués avec les antihistaminiques, afin d’aider les patients, ils leur conseillent des médicaments en vente libre. Maintenant, ils peuvent prescrire le Nasonex, qui est beaucoup plus efficace. Avant ils étaient obligés d’envoyer le patient chez le médecin, explique la directrice de l’OPQ. Pour une femme enceinte, ils peuvent maintenant prescrire de l’acide folique, qui est une vitamine pour prévenir la malformation du nouveau-né. Alors qu’auparavant, le suivi médical ne débutait seulement qu’à la quatorzième semaine de grossesse. C’est donc un plus pour la prévention ! Dans le cas du Coumadin, qui permet d’éclaircir le sang, ce médicament profite d’un suivi conjoint. Ainsi le pharmacien peut ajuster les doses et si les résultats sont anormaux, il réfère le patient à un médecin. »

Depuis deux ans, les pharmaciens ont obtenu le droit d'exercer sept nouvelles activités par le biais de la Loi 41 qui permet entre autres de prolonger une ordonnance, ajuster un médicament, prescrire un médicament, prescrire une analyse de laboratoire en pharmacie communautaire et administrer un médicament. « Les pharmaciens sont en train d’apprivoiser la Loi 41, lentement mais sûrement. Le pharmacien est le professionnel de la santé le plus accessible; ayant plus d’outils, il est très disponible pour le patient et celui-ci lui est très fidèle », soutient Mme Lambert.

 

Rendement sur investissement

Outre les gains économiques entraînés par l'élargissement des trois services de pharmacie, l'Association des pharmaciens du Canada (APhC) s'attend à un important rendement des investissements. En effet, d'ici 2035, le rendement pour chaque dollar investi pourrait atteindre 2,30 $ en ce qui concerne l'examen et la gestion de pharmacothérapies avancées pour traiter les maladies cardiovasculaires, de 9,10 $ pour les services de cessation du tabagisme, et de 72 $ pour la vaccination contre le pneumocoque.

« Avec le vieillissement de la population et les contraintes budgétaires croissantes auxquelles sont confrontés les gouvernements, trouver des interventions rentables et adaptables pour gérer les maladies et offrir des mesures préventives, telles que la vaccination dans les groupes vulnérables, constituent des stratégies qui permettent d'assurer la viabilité financière du système de santé et la vigueur de l'économie canadienne », affirme Louis Thériault, vice-président, Stratégie industrielle et politique publique au Conference Board du Canada, par voie de communiqué.

Au Québec, 36 % des 50-64 ans prennent un ou deux médicaments prescrits régulièrement ou en permanence, tandis que 60,3 % des 65 ans et plus en prennent trois ou plus.

 

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