ÉDITORIAL

La rue est une bibliothèque

Par Charles-Éric Lavery
Chef du développement social

 

Je ne vous apprendrai rien, chers lecteurs et lectrices, en vous disant que nos camelots rédigent dans le magazine. Que vous lisiez L’Itinéraire depuis seulement quelques mois ou que vous achetiez chaque édition religieusement auprès du même camelot depuis des années, leurs récits parfois touchants ou percutants, d’autres empreints d’une profonde analyse sociale sont très souvent les premiers que vous lisez.

Depuis 25 ans, l’écriture de ses camelots est au coeur de la mission de l’organisme.

Mais depuis 25 ans, beaucoup se disent encore que les itinérants ne savent pas écrire. D’ailleurs, ce n’est que l’un des très nombreux préjugés qui semblent persister et que nos camelots doivent combattre quotidiennement. Il est grand temps que ça change !

L’Itinéraire publie le premier livre de son histoire. En vente par nos camelots à partir du 24 mai prochain, et aussi dans quelques librairies indépendantes, c’est un recueil de 100 des meilleurs textes de nos auteurs depuis la première parution de L’Itinéraire – à son origine un petit feuillet distribué gratuitement.

Les pouvoirs de l’écriture

Depuis 25 ans, l’écriture est pour nos camelots un outil aussi – et pour certains, plus – puissant que la vente du magazine. Manon qui partage une épreuve difficile; Réal, des souvenirs de ses étés de jeunesse; Lorraine, une réflexion spirituelle et poétique sur la vie; Gisèle, une heureuse rencontre à son point de vente. Un mot de camelot ou chronique à la fois, ils et elles « tuent leurs bébittes », comme le disait Patrick Lagacé en 2011.

Mais ils et elles enfilent aussi, et beaucoup plus depuis deux ans, le chapeau de journaliste. Ils partagent une réflexion touchante, profonde, crue, percutante, empreinte d’une analyse rigoureuse, d’une grande sensibilité aux enjeux sociaux, d’un cheminement en lui-même par une lutte sociale perpétuelle.

Le recueil se veut donc un hommage à tous ces récits de camelots qui ont fait battre leur coeur, celui de L’Itinéraire, le vôtre. Ensemble, nous tuons des bébittes pour en créer une pas mal plus grosse, une super-héroïne capable de transformer la société.

 

Passez le mot !

Mais depuis 25 ans, malgré les milliers d’articles de camelots, malgré les millions de copies de L’Itinéraire vendues, la perception de la majorité des gens n’a pas changé : les personnes qui luttent contre l’itinérance ne savent pas écrire. Elles ne peuvent conjuguer leurs verbes et accorder leurs participes passés, n’ont pas d’histoires à raconter, ne sont pas au courant des enjeux sociaux, ne sont dotées d’aucune capacité de réflexion et d’argumentation…

Oui, les personnes itinérantes ont aussi des histoires à raconter, un coeur qui bat et qui ressent, une tête qui se souvient et réfléchit, des yeux qui pleurent et s’émerveillent… et des mains pour écrire, pour rester, pour ne pas se faire oublier !

Mais à vous, chers lecteurs et lectrices, je ne vous apprends rien. Comme il est temps que les préjugés cessent, je vous invite à passer le mot tout autour de vous. Ensemble nous sommes capables de transformer la société.

La rue est la plus belle des bibliothèques. Ayez le courage d’y lire l’un de ses auteurs.

 

Cet article intégral vous est offert gracieusement par L’Itinéraire.

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Photo : Milton Fernandes