Éditorial

À contre-courant via le système D

Les quatre camelots qui constituaient le comité de rédaction de cette édition 100 %, soit Jo, Norman, Alain et Guy étaient appuyés par les journalistes formateurs Marie-Claude Simard et Sébastien Tanguay ainsi que par le responsable de la formation des participants, Charles-Éric Lavery
De g à d : Alain Lepage, Normand Rickert, Guy Boyer, Jo Redwitch.© Milton Fernandes

C’est avec nos mains et nos esprits brisés par les épreuves physiques et mentales, que nous avons conçu ce numéro. L’édition 100 % camelots en est à sa deuxième année et tient du miracle, car il n’est pas facile de parvenir à s’entendre sur un projet commun et de le réussir. Une édition toute spéciale pour nos lecteurs portant sur ce que nous sommes vraiment : des irréductibles du système D.

La vie s’est chargée de nous donner son lot d’aventures et d’épreuves à traverser. Cette capacité humaine à se prendre en main afin de trouver des solutions est infinie. L’imagination et le gros bon sens sont essentiels de nos jours pour y arriver. Évidemment, le cheminement de chacun diffère. Il ne peut y avoir de copier-coller.

Nous en sommes venus à nous demander comment nous avons troqué notre capacité d’innovation et de débrouillardise pour une attitude « prête à porter, à consommer et à jeter ». L’industrialisation du travail a engendré une déresponsabilisation et une déshumanisation du monde en général. Elle nous a fait croire que la machine était plus efficace, plus productive et plus rapide que l’humain. Qu’en est-il de notre capacité humaine de penser, de décider et de fabriquer pour soi ?

À l’emporte-pièce…

L’image qui nous vient en tête, c’est celle d’un emporte-pièce qu’on utilise pour la pâte à biscuit afin d’en produire une multitude de pareils. Mais que ferons-nous de la pâte qui dépasse ? On la jette ou on la récupère ? Il faut constamment produire et entrer dans le moule.

L’économie de facilité nous a rendus paresseux et totalement dépendants des systèmes en place. Il faut croire que nous sommes devenus comme une grenouille dans un chaudron d’eau tiède. Elle ne se sauve pas parce qu’elle est bien confortable. Elle ne s’aperçoit pas que la température monte, que l’eau se met à bouillir. On nous répète de petites vérités manucurées par de gros mensonges afin qu’elles soient perçues comme des faits accomplis. La statistique est reine, elle donne du poids aux diktats du marketing et incite à la surconsommation.

L’économie parallèle et le système D existent pour rééquilibrer la donne dans ce système néolibéral obsédé par la recherche d’échappatoires fiscales creusant davantage le fossé entre les pauvres et les riches. Tant et aussi longtemps que le statu quo actuel demeurera, les moins nantis auront à se servir de toute leur intelligence et imagination pour satisfaire leurs besoins essentiels.
Ces personnes, il y en a tout autour de nous. Elles passent à travers les mailles du filet, les trous d’une passoire. Elles doivent recourir à la débrouillardise pour survivre.

Le système D est une valeur fondamentale pour des organismes comme L’Itinéraire. De nos jours, l’entraide, la compassion et le respect s’avèrent essentiels pour redistribuer la richesse, autant matérielle que spirituelle. Heureusement, elles se retrouvent dans notre « trousse d’outils ».

L’Itinéraire est une ruche où règnent la solidarité et la débrouillardise. Nous, les débrouillards de L’Itinéraire, nous ne restons pas dans l’eau bouillante du chaudron. Nous savons qu’il est grand temps d’aider ces laissés-pour-compte, ces invisibles, afin de partager notre savoir et nos expériences.

Nous croyons qu’une nouvelle ère pointe à l’horizon, où des personnes oseront se réapproprier le monde par le développement d’un réseau de relations, afin d’échanger et partager leur « connaissance intime du système D ». C’est le seul moyen possible pour réussir à survivre.

En plus des témoignages des participants, cette édition 100 % camelots, réalisée à l’occasion des 22 ans du magazine, abordera le concept de la « déconomie », la débrouillardise de l’artiste-pieuvre, le courage de personnes qui ont choisi un bonheur qualitatif et non quantitatif, et de journalistes-pigistes qui ont appris à surfer sur le système D.
Bonne lecture !