EDITORIAL

La vie après la prison

Ces dernières années, le monde carcéral n’aura jamais été aussi populaire à la télé, qu’on pense à Unité 9, Orange Is the New Black, The Night Of et autres séries du genre. On nous offre un regard parfois criant de vérité, souvent romancé de la vie derrière les barreaux. Mais très peu sur ce qui arrive après…

Aborder le sujet de la prison et de la réinsertion des ex-détenus n’est pas chose facile, ni très « sexy » non plus, mais nous estimions important d’en parler. L’incarcération et ce qui suit, c’est une réalité qui a touché plusieurs de nos camelots, mais aussi des milliers de Québécois et leurs familles. Dans notre dossier principal, nous dressons un état des lieux du système carcéral et nous nous interrogeons sur la possibilité des ex-détenus de se réintégrer en société et sur le marché du travail.

Le travail, un facteur important de réinsertion
Effectivement, il est souvent difficile pour les ex-détenus non seulement de s’adapter à être « dehors » après un long séjour en prison, mais encore plus de trouver un emploi. Avoir un casier judiciaire et des gros trous dans son CV ne font rien pour aider à dénicher du boulot. Et pourtant, selon Alter Justice, un organisme d’aide et d’information aux personnes judiciarisées que notre journaliste a interviewé, l’emploi est un facteur d’intégration important et diminue le risque de récidive.
Malheureusement, trop d’employeurs rejettent systématiquement les candidatures de personnes ayant un casier judiciaire. Et s’ils donnaient une chance à ces gens qui ont payé leur dette à la société ? Bon nombre d’ex-détenus ont fait des démarches pour reprendre le droit chemin, à l’aide d’organismes de réhabilitation. On y gagnerait tous, cela ferait moins de gens au chômage qui vivent du rejet et croient que la société ne veut rien savoir d’eux. Ça n’aide en rien l’estime de soi.
Tout le monde a droit à une deuxième chance. On en a la preuve vivante ici à L’Itinéraire. Des participants de notre organisme qui ont connu la détention, la toxicomanie, la rue et que d’aucuns donnaient pour irrécupérables s’en sont sortis. Vous pourrez lire leurs témoignages dans nos pages, tout comme ceux d’hommes et de femmes qui ont accepté de partager leur vécu derrière les barreaux et celui après leur libération. Des articles poignants qui font voir un autre côté de la médaille.

Le sens du mot « liberté »
Au départ, j’aurais voulu consacrer mon éditorial au sujet de la liberté, question de nous faire prendre conscience d’un état et d’un concept que nous tenons peut-être parfois pour acquis, mais notre collaborateur Ianik Marcil a eu la même idée. Il aborde d’ailleurs très éloquemment et avec son habituelle justesse le sens de la liberté ou l’absence de ce que nous croyons être la liberté.

Aides précieuses
Pour réaliser plusieurs des reportages, nos camelots participants à la rédaction ont pu compter sur l’aide de Miville Tremblay, un ancien journaliste chevronné qui leur a ouvert des portes pour obtenir des entrevues et les a assistés dans la recherche, les entrevues et la réalisation de leurs reportages. Un grand merci à ce professionnel qui a si généreusement partagé – de façon bénévole – son temps, son expérience et son savoir.
Un autre très grand merci à El Diablo, Boris Dolivet de son vrai nom. Il a lui aussi donné gratuitement de son talent et de son temps pour illustrer le dossier et la page couverture sur le monde carcéral. Un travail de qualité que celui de ce célèbre bédéiste, créateur des Lascars, qui s’est d’abord fait connaître en France et qui mérite de l’être autant au Québec, sa terre d’accueil où il s’engage socialement. Bien que ses dessins soient humoristiques, l’artiste donne matière à réflexion à des enjeux bien sérieux. Ses illustrations vont droit au but.

L’immense talent d’El Diablo s’exprime aussi par des toiles et des animations.

Cet article intégral vous est offert gracieusement par L’Itinéraire. Vous en voulez plus? Passez voir votre camelot ou participez à l’aide à la rédaction en offrant un don.