Meilleur chronique culturelle 2016 : Rhapsodie québécoise d’Akos Verboczy : Des pistes pour une intégration accomplie

Mostafa G.

Mostafa Glillah

Rhapsodie québécoise d’Akos Verboczy : Des pistes pour une intégration accomplie

1er mai 2016

Je viens du Rif, terre rocailleuse et ingrate du nord du Maroc. Akos Verboczy, auteur-conteur de Rapsodie québécoise : itinéraire d’un enfant dans la loi 101, est fils d’une Hongrie rescapée des cataclysmes dont le communisme n’est pas un des moindres. Nous sommes frères, l’humanité est notre grande famille. L’ensemble d’immigrants et d’exilés est notre famille particulière.

À quelques différences près, son parcours peut être le mien et cela n’a pu que rendre la lecture ainsi que la critique de son récit un double plaisir, celui d’apprendre et celui de se regarder le visage dans le miroir.

 

De Budapest à Montréal : un livre comme un périple

Rapsodie québécoise d’Akos Verboczy retrace l’itinéraire d’un enfant hongrois, l’auteur, ayant réussi au Québec au point de devenir un fin connaisseur et critique astucieux de la société québécoise.

Il entame son livre par une question que tout immigrant n’aime parfois pas entendre : « D’où viens-tu ? » Cette question, a priori innocente et inoffensive, peut sous-entendre un étonnement doublé d’un rejet.

L’auteur raconte son départ de la Hongrie, ses premiers pas au Québec et les premiers défis imposés par la société d’accueil. Il décrit son cheminement vers l’intégration. Une intégration ralentie par ses classes d’accueil, multiculturelles, où « chacun cherche son semblable ». Il se trouve un travail comme camelot pour The Gazette, mais c’est la connaissance d’un jeune Québécois, fier de sa francophonie et faisant fi des standards de l’Amérique anglo-saxonne, qui est un déclic pour lui. Cela lui permet de découvrir l’existence « d’un autre modèle culturel qui faisait tout d’un coup obstacle à notre quête du rêve américain ». L'auteur raconte ensuite l’expérience d’apprentissage dans un cégep qu’il n’a pas choisi, mais qui lui a été assigné arbitrairement.

Il entame sa carrière politique par sa participation à l’organisation d’un scrutin, et c’est aussi une façon de voir la démocratie québécoise à l’œuvre. Il grimpe rapidement les échelons politiques, au point de se considérer Québécois à part entière.

Hélas, son activisme, son indépendance d’esprit et sa critique des systèmes de l’immigration et de l’éducation du Québec ne font pas que des heureux…

Le livre aboutit sur une question : « Où allons-nous ? » Autant dire que le périple ne vient que de commencer.

 

Une critique satirique du modèle québécois d’intégration

En tant qu’immigrant, Akos Verboczy a réussi l’essentiel. Il a déniché une place de choix sur l’échiquier politique québécois. Cette ascension fulgurante lui a offert le privilège de regarder la société québécoise par le biais d’un double regard : celui d’une personne qui se considère québécoise à part entière ; l’autre, d’un immigrant qui persiste enfoui en son for intérieur. Un regard de l’intérieur et de l’extérieur

D’ailleurs, c’est grâce à ce regard qu’il se permet une critique acerbe des façons de faire de sa société d’accueil.

L’auteur n’est pas tendre envers l’école québécoise, qu’il estime défaillante car elle n’est pas apte à discipliner les apprenants et à leur dispenser un enseignement suffisant à l’acquisition d’une culture québécoise épanouie et inclusive. Il révèle que cette école ne lui a pas permis de découvrir grand-chose sur le Québec et sa littérature.

Il n’épargne pas non plus le multiculturalisme à la canadienne. Et l’accommodation outrancière d’une communauté culturelle. Il estime que le multiculturalisme constitue un obstacle à l’intégration.

 

Retour sur une expérience réussie d’intégration

Le parcours d’Akos a été un succès d’intégration pour plusieurs raisons. Il est issu d’une culture ayant pour matrice le judéo-christianisme, une composante principale de la culture canadienne et québécoise. Il ressortait d’un pays socialiste où certains services étaient garantis par l’État, comme les soins, l’éducation et l’emploi. Il avait même le privilège d’avoir des loisirs et d’assister à des activités culturelles et artistiques.

Son dépaysement n’a pas été total. Son attitude vis-à-vis du pays d’accueil a été positive.

Elle a été même atypique pour un immigrant habituellement anglophone par intérêt et fédéraliste par méfiance, appartenant à d’autres univers, où la couleur, l’alphabet, la religion, bref où tout diffère de la terre d’accueil. En un mot, certains immigrants sont mieux équipés pour survivre à l’épreuve de l’intégration que d’autres.

 

Comparer l’incomparable

Dans le parcours d’Akos Verboczy et le mien, il existe des similitudes saisissantes : nous sommes arrivés au Québec à bord de l’impeccable KLM des Pays-Bas. Nous avons élu domicile à Côte-des-Neiges, quartier cosmopolite et multiethnique de Montréal. Nous avons entrepris des études en vue d’une carrière au sein du système éducatif québécois et nous avons exercé des petites jobines pour survivre.

Par contre, Akos Verboczy a réussi à devenir Québécois. Moi, je suis demeuré un outsider, un loser. Je m’explique : Akos est arrivé quand il était beaucoup plus jeune que moi. J’avais déjà entamé la trentaine avant de poser les pieds en Amérique.

Akos est venu avec sa famille, qui lui a pavé la voie. Moi, j’ai débarqué tout seul comme un Colomb ou un Cartier réincarné.

La plus grande différence demeure l’attitude. Akos a été bienveillant à l’égard de sa nouvelle société : il s’est impliqué politiquement et socialement. J’étais réticent à la participation politique car de là où je viens, le processus électoral n’était qu’une mascarade dont les résultats étaient connus d’avance. D’autant plus que j’étais méfiant du nationalisme, car s’il est bénin et inoffensif au Québec, son venin a été mortel dans notre monde arabo-musulman.

L’immigration et l’intégration sont des philosophies. Chacun les entend comme il leur chante. Imaginons une référence au style de danse tango, où la terre d’accueil ferait office de danseuse et son invité, le compagnon.

La danseuse, jolie et parée de toutes les vertus, amoureuse et obéissante, est capable de rendre son amoureux infiniment heureux. Elle peut aussi devenir taciturne et rancunière. Si son partenaire, l’invité, devient malheureux, il n’a qu’à rebrousser chemin ou changer de danseuse. Et s’il est un piètre danseur ? Il n’a qu’à changer de métier. Il n’est pas fait pour la danse.

 

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