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Actualité et vie urbaine -À la une

Luc de Larochellière,Sous le toit des mots
Audrey Coté, rédactrice en chef - 15 mars 2010


Audrey Coté Qui d’autre que Luc De Larochellière peut décrire avec autant de sincérité la période d’errance vécue lors d’une rupture non désirée? L’auteur-compositeur et interprète relève ce défi avec la chanson titre de son dernier album, Un Toi dans ma tête. Cette chanson accompagnée d’une musique douce et triste à la fois illustre magnifiquement ce que l’on ressent lorsque l’autre moitié nous quitte. Elle m’a pris aux tripes. Quel homme est derrière cette chanson? Je resterai sur ma faim : son auteur ne veut rien révéler. Une aura de mystère entoure en effet Luc De Larochellière, cependant très authentique et attentionné.

Luc De Larochellièr
Luc De Larochellière
Photo: Christian tremblay
Qui d’autre que Luc De Larochellière peut décrire avec autant de sincérité la période d’errance vécue lors d’une rupture non désirée? L’auteur-compositeur et interprète relève ce défi avec la chanson titre de son dernier album, Un Toi dans ma tête. Cette chanson accompagnée d’une musique douce et triste à la fois illustre magnifiquement ce que l’on ressent lorsque l’autre moitié nous quitte. Elle m’a pris aux tripes. Quel homme est derrière cette chanson? Je resterai sur ma faim : son auteur ne veut rien révéler. Une aura de mystère entoure en effet Luc De Larochellière, cependant très authentique et attentionné.

Dès le début de notre conversation, je lui parle de l’effet qu’à eu sur moi son album Un Toi dans ma tête. J’ai été émue et je n’aurais pas pu l’écouter l’été dernier, car ma peine d’amour était trop présente à ce moment-là. Les mots de l’artiste résonnent en moi et me transpercent encore comme un poignard acéré : « Je crois qu’en partant, t’as laissé un toi dans ma tête, un toi tout petit qui me parle la nuit […] Un toi qui s’entête à squatter ma tête, un toi qui m’embête quand je n’veux plus de lui, […] ». Lorsque je lui en fais part, il semble touché par mes propos, mais je le sens distant. Cette distance ne sera jamais comblée lors de notre entretien, malgré mes pirouettes verbales et mes blagues! Luc ne se laissera pas facilement atteindre par ma personnalité extravertie.

À mon grand étonnement, le Lavallois d’origine se considère davantage comme un musicien que comme un parolier : « Avant, je me classais artiste pop rock. Là, je ne fais plus de la chanson. C’est comme si je rentrais dans mon étape expérimentée, celle où j’assume complètement mon côté chansonnier », ajoute-t-il. Au-delà des saveurs musicales pop de ses albums produits dans les années 1990, Luc De Larochellière était reconnu pour ses textes à saveur sociale, d’une grande richesse poétique; « Comme artiste pop, je trouvais ça bizarre, parce qu’on me parle toujours de mes textes. À un moment donné, je me suis dit que je devrais peut-être les laisser parler en premier », ajoute-t-il d’un ton amusé.

L’artiste a abordé son travail sans compromis. Toutes les chansons sont donc nées d’abord de ses textes : « Auparavant, mes mots servaient ma musique, mais pour cet album, je voulais faire différent, sans me censurer dans le processus. » Depuis, il travaille de cette façon-là. « C’est étonnant, mais ça a été plus facile que je pensais d’écrire les textes et de trouver les mélodies après. J’ai l’impression d’être dans une deuxième version de moi-même », répond-il sereinement.

Zéro bullshit
Cette nouvelle version de lui-même prend aujourd’hui la vie un jour à la fois et s’applique à demeurer dans l’instant présent. « J’ai pris conscience que le seul moment sur lequel je pouvais agir était le moment présent. Le bonheur que j’ai à prendre, c’est le bonheur qui m’est accessible maintenant. » Depuis qu’il a introduit cette philosophie dans sa vie, il a l’impression que sa vie s’améliore : « Je fais moins d’anxiété et je ne me nourris plus de mes vieux malheurs. Je crois que le bonheur se trouve là, dans l’instant présent », lâche-t-il, paisible.

C’est en faisant ce travail sur lui-même que l’artiste a réussi à lâcher prise et à se laisser aller complètement à la libre création. « La première étape de l’écriture est de laisser passer ce qu’il y a à passer, sans se censurer. Ma pudeur s’est souvent manifestée avec mon humour ou mon côté cynique, pour me protéger. Avec cet album, j’ai une vulnérabilité assumée et je me suis donné ce mot d’ordre : “Zéro bullshit’’! », s’exclame-t-il en souriant. Le fait d’avoir laissé parler franchement son intérieur dans sa poésie lui a inspiré des airs accrocheurs et suaves : « J’ai laissé parler ce qu’il y avait de plus fort en moi, et on dirait que ça a amélioré le reste. » Pas étonnant que l’album Un Toi dans ma tête connaisse un franc succès et qu’il touche autant aux cordes sensibles d’un public qui en redemande.

Le chanteur a en effet concocté un album d’une grande profondeur. À partir de ses expériences, il se livre comme jamais il ne l’avait fait auparavant. En écoutant les chansons, on sent que l’homme a puisé au fond de lui-même pour extraire ses blessures amoureuses et s’inspirer de son vécu. « En fait, c’est davantage un album sur l’amour ou l’idée qu’on peut se faire de l’amour », analyse Luc. Pas commercial ou trop triste l’album Un Toi dans ma tête? « Curieusement, c’est l’album qui se vend le mieux depuis 1993 », précise-t-il, fier de la réponse du public. D’ailleurs, la chanson Beauté perdue tourne dans presque toutes les stations de radios francophones, un succès que ses hits passés n’avaient jamais atteint, confie-t-il.

Avec le ton intimiste de ses chansons, le chanteur s’est rapproché des gens, même s’il reconnaît qu’il est et a toujours été une personne réservée. « Dans mon travail d’artiste, le but est d’émouvoir les gens. Avec ce disque, je voulais aller ailleurs. Je me suis demandé ce que j’avais encore à dire en tant qu’auteur », explique-t-il.

Près de son public
Au cours des cinq dernières années, le chanteur n’a pas chômé. Il a fait plusieurs tournées, s’est promené un peu partout, de Saint-Pierre-et-Miquelon en passant par le Nouveau-Brunswick, la Côte-Nord et la Gaspésie. « J’ai été directeur artistique du Festival de la chanson de Granby et j’ai été professeur à l’École nationale de la chanson de Granby. J’ai fait à la fois des shows et j’ai donné de la formation en composition et en ateliers d’écriture », raconte-t-il. Durant les trois dernières années, l’artiste a aussi animé et parrainé le concours Ma première Place des arts, en plus de préparer son huitième album, Un Toi dans ma tête.

Cette période a eu une grande influence sur son travail d’auteur : « Lorsque tu regardes le travail d’un autre, que tu le critiques ou que tu lui donnes des conseils, ça a une influence sur ton processus créateur. Tu finis par te dire que tu devrais mettre en pratique les conseils que tu donnes! Je pense qu’en ayant été professeur, j’ai amélioré mon écriture. » Le style d’écriture de l’auteur? Une forme poétique simple et des rimes accrocheuses. « Je me sens redevable des écoles de Brassens, Brel, Rivard ou Vigneault, qui m’ont influencés », soutient-il.

D’une générosité évidente, cet artiste mystérieux préserve cependant son intimité. Luc De Larochellière se livre avant tout à travers sa poésie, ses mots bien à lui, sa musique enveloppante qui chatouille les oreilles et qu’on fredonne sans se lasser.
Luc De Larochellière et le mépris
«Lorsque je suis témoin d’abus de pouvoir, de racisme ou qui ont de mépris, ça me met en colère, et ce, que cela se produise dans les petites choses de la vie ou dans le grandes. Dans le capitalisme sauvage, il y a du mépris de la valeur humaine. Ça peut être aussi le mépris d’une culture au détriment d’une autre. Ce mépris-là crée de la violence et il y a un prix au mépris.»
www.lucdelarochelliere.com
Luc de larochellière en concert le 5 mars 2010 à sherbrooke au théâtre Granada
www.theatregranada.com

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