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Pierre Fournier, des bancs de parcs aux bancs d’université
Micheline Rioux Lemieux, journaliste de rue - 1er mars 2010 |

Pierre Fournier, camelot
Photos : daniel dumont |
La persévérance, quelle superbe qualité! Pierre Fournier, camelot sur la rue Laurier à l’angle de la rue Chambord, la possède entièrement. À 57 ans, il pose un regard lucide sur son parcours qui, par moments, lui a donné du fil à retordre. Ayant déjà connu l’itinérance, Pierre a aujourd’hui troqué les bancs de parcs contre les bancs d’université.
Évidemment, cette ascension ne s’est pas faite du jour au lendemain. Pierre Fournier a tenu bon et a travaillé fort : «C’est grâce à la vente du magazine L’Itinéraire que je peux me payer des cours à l’université. Je le vends depuis huit ans maintenant. Au début, c’était pour arrondir mes fins de mois et me nourrir. Ensuite, peu à peu, j’ai pu meubler et décorer mon appartement à mon goût». Le camelot en est à sa deuxième session en études littéraires à l’UQAM. Il ne vise rien de moins que le baccalauréat.
Depuis quelques années, Pierre Fournier est en rémission d’une dépression chronique. «J’ai fait beaucoup de rechutes par le passé. J’ai fini par remonter la pente et mes crises sont de moins en moins fréquentes. Il a fallu que je me reconstruise, mais maintenant je me sens bien», témoigne-t-il. Pierre affirme aussi que le fait d’avoir une «médication adéquate» a fortement contribué à sa remontée. Après 20 années d’essais et d’abandons de médicaments, il a accepté de vivre avec sa maladie.
Montréalais pure laine, natif du quartier Hochelaga–Maisonneuve, Pierre a été élevé dans une famille de cinq enfants dont il est toujours très proche : «Même si les membres de ma famille ont été compréhensifs face à ma dépression, j’ai quand même vécu dans la rue pendant cinq mois… et j’ai couché dehors. J’en ai cherché des bouches d’air chaud! Je souffre de bronchite chronique depuis ce temps-là. Au bout du compte, j’ai dû retourner vivre chez mes parents pour un certain temps, car j’avais commencé à avoir des problèmes cardiaque.»
Assoiffé de connaissances
Pierre Fournier ne s’est jamais marié et n’a pas eu d’enfants. Pourtant, ce n’est pas le désir qui manquait. Il a eu «beaucoup de blondes», comme il dit, mais il a été difficile pour lui de maintenir une vraie relation affective. «J’ai eu quelques relations enrichissantes, mais j’étais trop fragile. Très vulnérable, j’étais incapable de supporter la pression sur le plan émotif. J’aurais voulu un enfant, mais j’avais peur, car je croyais qu’il y avait 25% de risques que je lui transmette ma maladie. On m’a dit plus tard que ce n’était pas vrai», raconte-t-il.
Malgré sa maladie, à travers ses hauts et ses bas, Pierre a toujours été assoiffé de connaissances. Lecteur assidu depuis son adolescence, ses lectures ont porté surtout sur la philosophie et la psychologie. «La littérature est pour moi une vraie passion. J’en suis présentement à lire des classiques. Mes études m’aident à peaufiner mon écriture», dit-il. L’étudiant écrit d’ailleurs pour dans L’Itinéraire et pour la revue Mentalité, qui traite de santé mentale.
Si L’Itinéraire est pour Pierre Fournier une source d’inspiration et de partage, il en est de même pour ses clients : «Je fais partie du décor. Quand je m’absente plus longuement, les clients me demandent où j’étais. J’ai un point de vente privilégié devant l’épicerie Métro Chèvrefils. J’ai une entente avec le magasin et je peux être à l'abris des intempéries dans l’entrée. Je suis infiniment reconnaissant envers mes clients. Ils sont si inspirants!»
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