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Actualité et vie urbaine -À la une

Les saltimbanques à l’assaut de la métropole
Naël Shiab - 15 juillet 2010


Après les trompettes du festival de jazz, Montréal se parera d’un nez rouge et accueillera des saltimbanques des quatre coins de la planète. Du 8 au 25 juillet, un tsunami de créativité envahira l’île lors de son tout premier festival international du cirque, Montréal complètement cirque. Les grandes compagnies québécoises de cirque, qui s’illustrent avec brio à l’étranger, espèrent relancer le marché sur leur terre natale.

Quatre jongleurs de la troupe belge EAEO
Les quatre jongleurs de la troupe belge EAEO présentent
leur spectacle M2 les 15, 16 et 17 juillet à l’Usine C.
Photo: DAMIEN THIBERGE

«Cette dernière année, il y a eu une véritable volonté des grands acteurs du cirque, comme les 7 doigts de la main, le Cirque du Soleil, le Cirque Éloize, En piste et d’autres, pour la création de ce festival, indique Stéphane Lavoie, directeur général de la TOHU, l’organisme sans but lucratif qui orchestre le festival. Il faut croire que les étoiles étaient alignées cette année, tant à la Ville de Montréal qu’au gouvernement.» Créée en 2004, la TOHU est à la fois un producteur et un diffuseur québécois dans le monde des chapiteaux.

«L’évènement promet d’être une bouffée d’oxygène pour le marché du cirque au Québec et l’enthousiasme de l’organisateur transparaît au bout du fil. «Le festival va agir comme un catalyseur. Il va créer un momentum pour que les artistes puissent présenter leur travail. Les petites “formes” [spectacles d’un nombre réduit d’artistes] sont plus faciles à présenter en festival qu’en saison. Aussi, le public va pouvoir assister à beaucoup de facettes différentes du cirque avec des troupes de l’étranger.» Des saltimbanques de la Belgique, de l’Italie, de l’Allemagne, de France et de l’Australie viendront fouler les planches québécoises ou virevolter au-dessus de celles-ci, du haut de leurs trapèzes.
La métropole rayonne sur la mappemonde des clowns, des jongleurs et des autres athlètes-artistes. «On a une des meilleures écoles de cirque du monde, clame avec fierté Suzanne Samson, directrice générale d’En Piste, le regroupement national des arts du cirque. Montréal possède aussi la seule salle circulaire en Amérique du Nord. Les sièges sociaux de certains des plus grands cirques de la planète, comme le Cirque du Soleil ou le Cirque Éloize, sont aussi ici. Et chaque mois, on reçoit des délégations du monde entier qui prennent notre Cité des arts du cirque comme modèle. Alors oui, nous sommes une capitale du cirque, mais nous voulons que cela se voit.»

Le cirque, un clown triste au Québec?
Alors que la majorité des spectacles sont conçus à Montréal, les grandes compagnies de cirque tirent plus de 90 % de leurs revenus de l’étranger. Le faible nombre de diffuseurs et de salles pouvant accueillir les représentations freine les compagnies dans leur volonté de présenter leurs créations dans la belle province. «Nous sommes sept millions, c’est un petit public, explique Jeannot Painchaud, codirecteur et fondateur du Cirque Éloize. Si un chanteur peut laisser ses cinq musiciens et ne prendre que sa guitare pour aller donner des concerts en Gaspésie, une compagnie de cirque ne le peut pas vraiment avec une vingtaine d’artistes et des installations spéciales.»

Tout comme leurs ancêtres, ces artistes n’ont donc pas le choix; ils vivent sur les routes pour gagner leur pain quotidien sur la piste. «Nos étudiants doivent avoir en perspective les tournées internationales, explique Christophe Rousseau, directeur des communications de l’École nationale de cirque. Ce sont des saltimbanques modernes, ils ne sont plus dans des roulottes, mais dans des chambres d’hôtel.»

Du coup, même si leur cirque possède une réputation internationale, les Québécois connaissent peu la discipline. «Le cirque est plus reconnu comme une variété lucrative que comme une forme d’art et, à part le Cirque du Soleil, les gens ont du mal à nommer des compagnies québécoises, regrette Suzanne Samson. Pourtant, on commence à voir du cirque d’auteur, de répertoire même, et le cirque contemporain s’est détaché du cirque traditionnel. Avant, on présentait une suite de numéros. Aujourd’hui, tout est scénarisé du début à la fin.»

Toutefois, à en croire Jeannot Painchaud, la réputation du cirque québécois hors de la province est telle que les troupes étrangères sont impatientes de déposer leurs valises au pays de la fleur de lys. «En France, nous sommes tellement présents que les troupes françaises nous demandent “Et nous, quand est-ce qu’on vient?”»

Mais qu’est-ce qui rend les Québécois si exceptionnels sous les chapiteaux? «Hum... Je dirais que nous avons à la fois le sens du spectacle et du timing des Américains, en plus du raffinement de l’Europe, ajoute Jeannot Painchaud. Et puis, comme dans tous les domaines, nous avons une identité québécoise bien particulière qu'on cherche à exprimer.»

Une reconnaissance tardive
1984 Création du Cirque du Soleil.
2001 Les arts du cirque sont reconnus officiellement par le Conseil des arts et des lettres du Québec.
2008 Le Conseil des arts de Montréal reconnaît le cirque comme une discipline à part entière.
2009 Le Conseil des arts du Canada attribue à son tour un statut spécifique aux arts du cirque.

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