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Jean-Guy Deslauriers, parcours d’un survivant
Josée Louise Tremblay, journaliste de rue - www.joseelouise.com - 15 juillet 2010 |

Jean-Guy Deslauriers, camelot
Photos : Daniel Dumont |
La vie de Jean-Guy Deslauriers a démarré abruptement. Enfant, il a pris l’habitude de souffrir en silence des abus de toutes sortes dont il était victime. Depuis, il a toujours eu de la difficulté à parler de ses souffrances et à faire confiance aux autres. Lucide, le camelot de la rue Masson raconte, les yeux pleins d’eau : «Aujourd’hui, je me rends compte que ce n’est pas normal de ne pas avoir d’amis ni de réseau social. Ça démontre bien à quel point j’ai été mal outillé pour affronter la vie.»
Arrivé à la fin novembre 2009 à L’Itinéraire, Jean-Guy Deslauriers affrontait déjà courageusement sa maladie et quêtait pour subsister. «Je suis alcoolique et toxicomane. C’est un combat de chaque instant contre ça.» Le politoxicomane dit qu’il a encore fréquemment des rechutes. «C’est comme un avion qui s’écrase. Quand je pique du nez, je m’effondre. J’ai grandi dans les années soixante-dix, à l’époque du LSD et de la mescaline. C’était à la mode. Moi, je suis resté accroché», dit-il. Du même souffle, il ajoute : «C’est grâce à Daniel Prince (camelot et distributeur) si je suis à L’Itinéraire. Ici, on me considère comme un humain.»
Jean-Guy est en démarche constante depuis 2001, année où il a amorcé une première thérapie. Le déclencheur? La mort de sa mère qui l’a plongé encore plus profondément dans une dépression et qui l’a amenée à augmenter sa consommation de drogue : «Quand ma mère est décédée, j’en ai pris toute une. J’ai tout cassé dans la maison, jusqu’à ce que les voisins appellent la police. Ils m’ont amené à l’hôpital psychiatrique. Je me suis réveillé trois jours plus tard. C’est là que j’ai réalisé que j’avais de gros problèmes. Avant, je ne voulais pas les voir. J’étais dans le déni.» Depuis, Jean-Guy chemine. Maintenant, il s’accepte mieux et apprend à exprimer ses souffrances.
Neuvième et dernier d’une famille de quatre enfants, les cinq premiers n’ayant pas survécu, Jean-Guy a vécu de la violence de la part de son frère aîné, sans que ses parents n’interviennent. Sa mère buvait et ses parents faisaient chambre à part. Le témoignage de Jean-Guy fait frémir et les larmes coulent doucement sur son visage et le mien: «Il n’y avait pas d’amour à la maison. Je n’ai jamais vu mes parents s’embrasser. Ils avaient chacun leur chambre et se trompaient mutuellement. Ils ont finalement divorcé durant mon adolescence.» Durant ce temps, il était régulièrement victime d’abus sexuels de la part de l’homme chargé de le garder et qui était un ami de la famille : «La seule chose dont je me souvienne, c’est que je me laissais faire. Je n’ai pas de souvenir de cette période. Mon esprit n’était pas là. À douze ans, je finissais les bouteilles de bière qui traînaient partout. Je pense que j’étais déjà alcoolique.» Jean-Guy se souvient qu’à l’époque, lorsqu’il était intoxiqué, il avait un semblant de bonheur. «J’ai appris très tôt que dans ce temps-là, j’étais bien et que ça m’éloignait des problèmes de la maison.»
L’homme de 54 ans a tout de même plusieurs succès à son actif. Par le passé, il a occupé divers emplois dans le domaine du spectacle. «Je n’ai pas beaucoup d’instruction, mais j’ai été chanceux. J’ai eu de supers emplois et j’ai tout fait pour les perdre. Ça allait trop bien, ça n’était pas normal, fallait que je gaffe. Aujourd’hui, grâce aux six thérapies que j'ai suivies, j’ai de longues périodes d’abstinence. C’est mieux qu’avant.»
Il se bat tous les jours contre son alcoolisme. Au groupe communautaire, Jean-Guy se sent écouté et compris. «À L’Itinéraire, on ne me juge pas. On comprend la difficulté que j’ai à ne pas boire et on m’accompagne lorsque je suis en marche vers le mieux-être.»
Et vous?
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