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Expression - ZOOM CAMELOT
Gilbert Pouliot Le camelot rythmique
Micheline Rioux Lemieux, journaliste de rue - 1er janvier 2010


Micheline Rioux Lemieux La vie du camelot Gilbert Pouliot n’a pas manqué de rock’n roll. Maintes fois, sa guitare a été son refuge et elle lui a toujours rendu sa foi en lui-même. Ce qu’il a appris en travaillant sur son âme et sa musique permet aujourd’hui au camelot de 49 ans de vivre au rythme d’une ballade.


Reconnu pour sa philosophie positive, Gilbert Pouliot ne compte plus le nombre de belles conversations qu’il a quotidiennement avec ses clients réguliers à qui il vend le magazine devant les portes principales du Palais de justice de Montréal ainsi qu’au métro Radisson. «J’ai choisi le Palais de justice parce que j’ai eu affaire à la justice dans ma vie. Cela peut paraître drôle, mais je me sens dans mon élément. J’y rencontre plein de gens qui me transmettent de la bonne énergie», affirme-t-il.

Gilbert a connu L’Itinéraire il y a déjà une décennie. Récemment, il a pris conscience qu’il avait le pouvoir de réorienter son parcours : «Je suis sobre depuis 18 mois maintenant. J’étais pu capab’ de jouer une game face à de bonnes personnes qui m’achetaient le magazine. Je ressentais énormément de culpabilité. Ce qui m’a surtout fait peur, c’est que pendant trois mois, j’ai été dans l’attente d’un logement. J’ai dû séjourner dans des missions où je me suis rendu compte de l’ampleur de la misère vers laquelle je me dirigeais.»

En mal de père
Enfant studieux et sportif, Gilbert a, malgré lui, grandi dans l’ombre d’un père qui ne laissait de place qu’à la drogue, à l’alcool, au jeu et au vol. Ce n’est qu’à 18 ans que Gilbert a commencé à s’exprimer et à forger sa personnalité. «Je suis entré dans l’armée et c’est là que j’ai appris à jouer de la guitare et de l’harmonica. Au bout de deux ans, je me suis fait prendre à livrer de la dope et j’ai fait de la prison militaire», raconte-t-il.

Gilbert a par la suite travaillé principalement à Blue Bonnets (l’ancien Hippodrome de Montréal, qui n’existe plus aujourd’hui) en tant que préposé aux courses de chevaux et aussi comme chauffeur de taxi. Après plusieurs années de problèmes de toxicomanie et de jeu compulsif, il a enfin trouvé la thérapie qui convenait à ses besoins. Celle-ci a fait en sorte qu’il a pu briser le cercle vicieux transmis de père en fils : «J’ai pu faire cesser cette hérédité problématique. Quand on arrête de consommer, on met aussi fin aux problèmes que nos parents n’ont pas voulu régler.»

Boires et déboires
Une vilaine chute d’un deuxième étage a fait subir à Gilbert une suite de graves problèmes de santé. «C’est vrai que je n’étais pas straight quand je suis tombé ce jour-là. J’ai ensuite eu des maux de dos pour lesquels il fallait que je prenne des anti-inflammatoires et j’en suis devenu accro. J’en prenais sans avoir mangé et c’est contre-indiqué. J’ai fini par faire des ulcères perforés et on a dû m’opérer. Pendant l’intervention, j’ai fait une hémorragie interne qui a donné du fil à retordre au médecin, qui ne me donnait que 10 % de chances de survie», confie-t-il.

Heureusement, il est toujours parmi les vivants et entend bien en profiter. Gilbert Pouliot n’a jamais été marié et n’a pas eu d’enfants. Beau garçon et charmeur, il a eu «plusieurs blondes», comme il dit, un petit sourire en coin. Il a les idées bien claires concernant sa relation avec la gent féminine : «Surtout à cause de mon problème de gambling, il n’y a pas eu beaucoup de place pour une femme dans ma vie. Celles que j’ai fréquentées le savaient bien. On commence à aimer quand on a décidé d’aimer et non pas à la suite d’une rencontre. C’est quand on remet de l’ordre dans sa vie qu’il est possible de vivre une relation saine.»


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