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Pierre Goupil,témoigner pour aider ses semblables
Micheline Rioux Lemieux, journaliste de rue - 15 février 2010 |

Pierre Goupl, camelot
Photos : IsabelleClément |
Le camelot Pierre Goupil est d’abord un ami, un confrère et un artiste que j’affectionne beaucoup. Pour ces raisons, je transgresse ici volontairement les règles journalistiques d’objectivité. Actuellement, Pierre est en pause, en congé forcé par le ravage de sa maniaco-dépression. Il se remet petit à petit d’une grave crise dont il tient à témoigner, dans l’humble but d’aider ses semblables et de s’aider lui-même.
Au moment où j’écris ces lignes, Pierre se réveille à peine de l’affreux cauchemar qu’il a vécu l’automne dernier : «J’étais en grande souffrance. À l’hôpital, ils m’ont dit que je pouvais être un danger pour moi et pour les autres. Je refusais d’y croire.» Rudement éprouvé, Pierre veut désormais accepter sa maniaco-dépression, chose qu’il n’a jamais faite depuis qu’il a été ainsi diagnostiqué en 1986.
Le fait qu’un intervenant psychosocial de L’Itinéraire vienne en aide à Pierre me rassure. Pour le camelot, L’Itinéraire constitue son groupe d’appartenance, le lieu où il retrouve ceux et celles sur qui il peut compter. «Francis Caron m’est d’un grand soutien moral. L’Itinéraire est pour moi un filet de sécurité sociale. J’ai connu le magazine en l’achetant. Un jour, j’ai été dans le besoin et je suis devenu camelot. C’est là que j’ai connu le responsable des camelots Gabriel Bissonnette, avec qui j’ai développé une belle complicité. Quelques temps après, l’adjoint à la rédaction, Jérôme Savary, m’a fait évoluer en écriture.»
Vieillir ne le rassure en rien. «Je vais avoir 60 ans et cela représente pour moi une étape importante à franchir : j’ai bien plus de temps passé derrière moi qu’il ne m’en reste devant, et je souhaite affronter ma vie de façon plus mature. Je ne veux plus me complaire dans une solitude que je me fabrique», confie Pierre, la voix empreinte d’inquiétude.
Pierre Goupil plonge dans sa souffrance pour en extirper ne serait-ce qu’un grain d’espoir à semer. «Je fais une prise de conscience dure, mais nécessaire. J’ai une vie trop remplie et je fais face à mes limites. Quand j’écris, c’est souvent pour remonter le moral des troupes. C’est facile à faire quand on joue au bouffon coloré en surface pour se peindre dans un coin. Je ne veux plus être un bouffon. Je vais être moins drôle et plus pertinent», dévoile-t-il.
Le gars des vues
Bien avant d’être camelot sur la rue Masson, à l’angle de la 7e Avenue, pendant cinq ans, Pierre Goupil était un cinéaste de talent. Il a réalisé et produit son premier court métrage en 1979, Robert N. : «N. comme dans Nobody, c’est une autobiographie sur le suicide. Je ne savais pas encore que j’étais bipolaire à cette époque.» Il a livré son premier long métrage en 1985, Celui qui voit les heures, et son deuxième en 2000, La vérité est un mensonge.
Pierre a joué dans plusieurs films et a travaillé avec quelques artisans de notre cinéma québécois, dont Paule Baillargeon, Jean-Pierre Lefebvre et Jacques Leduc. Cinéaste mais aussi cinéphile et fin connaisseur du grand écran : «J’ai eu ma première révélation à l’âge de cinq ans avec Blanche Neige et les sept nains de Walt Disney, se souvient-il. Quand le film Ben-Hur est sorti en 1959, j’ai dû attendre un an avant d’avoir l’âge légal de dix ans pour le voir! J’étais un fan de Charlton Heston, jusqu’à ce que je sache qu’il militait activement en faveur des armes à feu, car moi je suis un pacifiste indécrottable.»
L’automne dernier, en plein processus de création pour un nouveau long métrage, Pierre Goupil a perdu son équilibre mental, sa connexion avec la réalité. «Tout est de ma faute. Je n’ai pas su prendre en main ma maladie», assume-t-il. Cher Pierre, tu n’es pas seul. Sache que nous sommes là et que nous t’aimons!
Et vous?
qu’en pensez-vous ?
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