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Actualité et vie urbaine - Éditoriaux
Édito - Investir dans les maisons de chambres socialisées,
hémorragie sociale de l’itinérance

Audrey Coté, rédactrice en chef - 15 février 2010


Audrey Coté Vermine, moisissures, absence de verrou sur la porte, impossibilité d’avoir une boîte aux lettres privée : encore trop nombreux sont les chambreurs montréalais qui n’ont d’autre choix que de survivre dans un taudis aussi exigu qu’une cabine de bateau au coût exorbitant de 500$ par mois! Alors que le phénomène de l’itinérance ne cesse de s’accroître à Montréal, le parc des maisons de chambres, lui, s’amenuise comme peau de chagrin et une majorité de maisons de chambres tenues par des propriétaires privés sont insalubres et ne répondent pas aux normes de sécurité de la Ville de Montréal. L’heure est grave et les différents paliers de gouvernement doivent agir concrètement pour sauvegarder les maisons de chambres qui, pour beaucoup de personnes vulnérables, constituent à la fois le premier rempart contre l’itinérance et un tremplin pour en sortir.

C’est à la fois la menace de disparition du parc de maisons de chambres et les conditions de vie exécrables de certains chambreurs qui ont incité le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) à tenir une Commission populaire sur la sauvegarde des maisons de chambres à Montréal à l’automne 2009. Le 20 janvier dernier, les commissaires ont déposé un rapport comprenant dix recommandations qui s’adressent tant à l’administration municipale qu’au gouvernement du Québec. Dix recommandations que nos dirigeants ont tout avantage à mettre en pratique afin de freiner l’hémorragie sociale de l’itinérance.

En 1987, on dénombrait environ 10 000 chambres en location à Montréal. En 2007, il n’en restait plus que 2915. Mais depuis trois ans, le RAPSIM estime que ce nombre a encore régressé, notamment en raison des nombreux mégaprojets immobiliers au centre-ville. À cet effet, la Commission demande d’ailleurs à la Ville de Montréal de dresser un portrait précis des maisons de chambres restantes sur son territoire afin de pouvoir en surveiller l’évolution et les transformations. Pour ce faire, la Ville doit aussi déclarer un moratoire de deux ans sur la transformation de maisons de chambres en d’autres formes d’habitation.

La majorité des chambreurs vivent des difficultés personnelles ou financières. Cette vulnérabilité donne beau jeu aux exploiteurs de tout acabit qui n’hésitent pas à exiger le gros prix pour une minuscule chambre miteuse sans boîte aux lettres privée. Certains propriétaires véreux ouvrent et saisissent le courrier de leurs chambreurs, une situation inacceptable.

En plus du loyer onéreux, curieusement, les normes de salubrité et de sécurité de la Ville de Montréal ne semblent pas s’appliquer aux maisons de chambres privées. Et lorsque ces normes sont appliquées, voilà ce qui se produit le plus souvent : on ferme en indemnisant au minimum les chambreurs qui se retrouvent à la rue, on vend au plus offrant et on transforme ces maisons de chambres sans que des OBNL potentiellement intéressés à les acquérir en soient informés par la Ville de Montréal.

Il est impératif que la Ville se fasse la complice numéro un des OBNL d’habitation et leur communique les possibilités d’acquisition tout en leur offrant des fonds pour l’achat de maisons de chambres qu’elles pourront transformer en maisons de chambres socialisées. Ce type d’habitation constitue la meilleure solution pour lutter efficacement contre l’itinérance, car en plus de permettre aux chambreurs de bénéficier d’un lieu sécuritaire et salubre, les maisons de chambres socialisées sont louées à un prix abordable (généralement 25 % du revenu du chambreur) et offrent un service d’intervention psychosociale. Plutôt que d’être laissées à elles-mêmes, les personnes vulnérables, et très souvent en état de détresse psychologique, peuvent y obtenir de l’aide et retomber plus vite sur leurs pieds.

La Commission recommande à la Ville de Montréal de favoriser la socialisation de 100 chambres sur une période de dix ans. Il s’agit là d’un investissement social rentable, quand on considère les coûts individuels, collectifs et financiers engendrés par l’itinérance.

Dans la foulée des recommandations de la Commission parlementaire sur l’itinérance, celle-ci demande également au gouvernement du Québec de prévoir un financement accru et pluriannuel du programme Accès-Logis qui permettrait aux OBNL d’acquérir plus facilement les maisons de chambres privées à convertir en maisons de chambres socialisées. Il ne s’agit pas de créer un autre programme temporaire, mais plutôt de bonifier Accès-Logis, qui a fait ses preuves, aux dires des organismes qui offrent des services d’hébergement. Enfin, souhaitons simplement que la Ville et le gouvernement du Québec saisissent l’urgence d’agir dans les plus brefs délais.

Et vous, qu’en pensez-vous ?
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