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Tuan Trieu-HOANG, camelot du temps présent
Micheline Rioux Lemieux, journaliste de rue - 1er février 2010 |

Tuan Trieu-HOANG, camelot
Photos : Isabelle Winter |
Saviez-vous qu’une personne ayant des préjugés envers les sans-abri peut quand même devenir camelot à L’Itinéraire? Par le passé, le camelot du métro Henri-Bourassa, Tuan Trieu-Hoang a jugé les gens de la rue. Depuis un an, il vend le magazine avec grande fierté. Son chemin parcouru depuis le Vietnam lui a appris à ne plus rien tenir pour acquis.
En septembre 1971, à l’âge de 19 ans, Tuan Trieu-Hoang a fait une entrée des plus discrètes au Québec. La guerre engendrée par les Nord-Vietnamiens communistes battait alors son plein et Tuan n’avait qu’un seul objectif : survivre. «J’ai dû faire traduire mes documents scolaires et faire une mise à niveau pour obtenir mon cinquième secondaire québécois. Ensuite, j’ai occupé plusieurs emplois comme plongeur dans les restaurants. Mon dernier emploi stable a duré cinq ans en tant que manutentionnaire dans un entrepôt», dit-il.
Tuan croyait son emploi stable en tant que chef d’équipe, et après quatre augmentations de salaire, il n’aurait jamais pensé être sur une liste de licenciement lors de la restructuration de l’entreprise. Un pur hasard a fait que Tuan a connu L’Itinéraire. Du temps où il avait un emploi, il voyait souvent des camelots à l’entrée des métros, mais il les jugeait: «Je me disais, maudits BS, ils n’ont rien d’autre à faire?» Après avoir perdu son emploi, devenu pauvre et isolé, Tuan a fréquenté les banques alimentaires pour subsister. «C’est le camelot Richard Touzin qui m’a dit comment faire pour vendre le magazine. Dans les jours qui ont suivi, j’ai découvert un Parcodon1 de L’Itinéraire complètement massacré au coin d’une rue. Je l’ai ramené à l’organisme et j’ai commencé à travailler comme camelot», raconte-t-il fièrement.
Good morning Québec!
Le camelot de 58 ans se rappelle bien son évasion du Vietnam en pleine guerre: «Ma mère occupait un poste d’interprète à l’ambassade américaine à Saïgon. C’était un poste dangereux, puisqu’elle travaillait pour l’ennemi. Mais elle avait un statut privilégié et des contacts avec de hauts gradés américains et vietnamiens.» Sa mère était monoparentale, enceinte et avait un autre jeune fils de sept ans. Elle n’a eu d’autre choix que d’envoyer son fils aîné aux États-Unis. Tuan était en âge d’être recruté par l’armée. «Elle a utilisé ses privilèges pour me sauver. Ici ça se fait très peu, mais au Vietnam, c’est monnaie courante. L’armée était en manque de soldats. Tout le monde devait se battre.Ils enrôlaient des enfants à partir de 12 ans!», dit-il, horrifié.
À bord d’un avion militaire Hercule, avec une seule valise, Tuan s’est enfui pour l’Amérique en compagnie de trois autres de ses compatriotes. «La famille d’accueil de New York nous a mis en contact avec une autre famille d’accueil à Montréal. À cette époque, c’était dangereux de rester aux États-Unis. On pouvait se faire faussement dénoncer en tant que communiste et être arrêté par la police.»
L’arrivée de Tuan au Québec est digne d’un roman. «Nous sommes arrivés en autobus à la frontière de Frelighsburg, de l’état du Vermont et de St-Amand, au Québec. Il était quatre heures du matin. On se sentait comme les quatre Mousquetaires! Nous avons demandé l’asile politique et curieusement, nous avons été bien accueillis», relate-t-il. Tuan n’a jamais revu ses compagnons de voyage depuis.
Tout ce bagage de vie a appris à Tuan à vivre au jour le jour. Il n’a jamais été marié et n’a pas eu d’enfants. Il n’a jamais eu de problèmes de consommation de drogues ou autres: «Ma priorité a toujours été de payer mon loyer en premier. C’est grâce à cela que j’ai pu éviter de vivre dans la rue, mais j’ai passé proche! Je ne vis pas dans le passé, je vis au moment présent. La vie, ce n’est pas comme une machine à laver le linge! Tu ne peux pas la programmer comme tu veux. Elle est remplie d’imprévus et c’est ce qui fait sa beauté!»
1 Parcodons : anciens parcomètres de la Ville de Montréal offerts à L’Itinéraire et installés dans les rues du centre-ville dans le but d’amasser des dons pour l’organisme
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