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Publications et informations
Contes et comptes du prof Lauzon
Rions un peu avec le ministre provincial libéral Claude Béchard
au pays des pétrolières (3ème partie)

Texte de Léo-Paul Lauzon, professeur au département des Sciences comptables et titulaire de la Chaire d’études socioéconomiques de l’Université du Québec à Montréal - 1er mai 2008

Léo-Paul LauzonNous avons vu dans mes articles précédents comment les pétrolières ont cavalièrement envoyé promener le ministre libéral provincial des ressources naturelles, Claude Béchard, qui voulait leur imposer une taxe pour réduire les effets des émissions de gaz à effet de serre. La taxe n’était pas encore en vigueur que les pétrolières arnaqueuses ont cru bon, par mesure préventive, de la refiler aux automobilistes prématurément. Soyons sérieux : des transnationales comme Shell et Esso (Exxon Mobil) sont deux fois plus grosses que le Canada et huit fois grosses comme le Québec et aucun dirigeant de ces compagnies n’a jamais entendu parler de Claude Béchard. Ces mêmes pétrolières filent doux en Russie, au Venezuela, en Bolivie, en Norvège, en Équateur, etc. Mais ici, au Québec et au Canada, on a des politiciens qui sont complices du taxage de la population qu’elles exercent sans aucune retenue avec notre propre pétrole et notre propre gaz naturel. Nous avons également vu que nos politiciens en sont rendus à supplier à genoux les pétrolières, les banques, les détaillants et les pharmaceutiques d’assumer leur juste part des impôts et des taxes et de ne pas la refiler à la population, de ne pas hausser injustement le prix de leurs produits et de leurs services (frais bancaires, taux d’intérêt, etc.),de ne pas détourner leurs profits dans les paradis fiscaux, de daigner accepter une grosse subvention à la recherche, à l’investissement, à l’exportation et à la formation, etc. Belle démocratie!

Continuons avec Tintin Béchard au pays des pétrolières, qui a piqué une autre «crisette». Dans l’article de Mathieu Boivin, paru dans le Journal de Montréal du 12 mai 2007 et intitulé : «Béchard songe à un prix plafond», on peut lire ceci au premier paragraphe : «Exaspéré par le mépris des pétrolières, le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, songe à leur imposer un prix plafond pour les empêcher d’augmenter le prix de l’essence comme bon leur semble». Deuxième prise pour le beau Claude : non seulement n’a-t-il jamais réussi à leur imposer un prix plafond, mais elles l’ont encore une fois humilié en le traitant carrément d’ignorant. Et puis, pour enfoncer le clou un peu plus, elles ont augmenté leurs prix au lieu de le plafonner, tel que le laissait paraître, Le Journal de Montréal en première page du 19 mai 2007, soit pour le long congé de la fête des Patriotes : «Les pétrolières défient le ministre Béchard. Nouvelle hausse du prix de l’essence : Bon congé».

Puis, le ministre Béchard a été retiré au bâton pour une troisième prise, en exigeant cette fois que les pétrolières expliquent et justifient leurs hausses de prix tel que rapporté dans La Presse du 9 juin 2007. Les prix se sont emballés par la suite, comme lors des vacances de la construction : «Les vacances commencent, le prix de l’essence s’emballe. Claude Béchard demande des explications aux pétrolières», titrait Le Devoir du 11 juillet 2007. Naturellement, il n’a reçu aucune réponse et il est pratiquement le seul à penser qu’il pourrait en avoir une…
 
Au mois de novembre 2007, le gouvernement libéral du Québec a enfin déposé son projet de loi favorisant la transparence dans la vente de l’essence, tel que l’indique l’article de La Presse du 21 novembre 2007 : «Les pétrolières devront justifier leurs prix». Encore une fois, elles n’ont rien justifié et ne justifieront rien dans le futur. Voyons donc! Des valets qui veulent en imposer aux rois. C’est tout à fait impensable. Et le vaudeville ridicule s’est poursuivi le 24 novembre 2007, tel que l’indiquait le titre de cet article du Journal de Montréal : «Loi 41 : Béchard pourrait fixer le prix de l’essence en cas d’abus». Comme s’il n’y a pas abus de la part des pétroliers depuis toujours. Monsieur Béchard, la farce a assez duré.

À propos de la transparence légendaire des pétrolières, le premier paragraphe d’un article du Devoir en dit long sur leur véritable nature : «Les entreprises énergétiques refusent de partager des renseignements importants avec les autorités fédérales parce qu’elles craignent que ces informations ne soient rendues publiques en vertu de la Loi sur l’accès à l’information». 

Béchard au royaume des papetières

Face au chantage éhonté des papetières, qui ont à leur tête le petit trou-du-cul qu’est Guy Chevrette, ancien ministre péquiste, qui n’ont jamais voulu reboiser ou moderniser leurs usines, même si elles ont reçu des milliards de dollars en subventions et en faveurs fiscales, et même si on leur a littéralement donné notre forêt, Claude Béchard a une fois de plus fait son petit cinéma ridicule : «Bachand s’impatiente : l’industrie forestière doit se discipliner rapidement», titrait Le Devoir du 11 mai 2007. Dans l’article en question, on pouvait lire ceci au premier paragraphe : «Si l’industrie forestière n’arrive pas par elle-même à se restructurer au cours des prochains mois, le gouvernement Charest n’hésitera pas à lui forcer la main». Comme pour les pétrolières, Claude Béchard et le gouvernement libéral n’ont rien forcé, mais en ont donné encore plus aux papetières, comme le laisse voir le titre de ces deux articles :

-  «Faciliter la tâche aux forestiers. Claude Béchard invite le gouvernement à donner du lest», le Journal de Montréal 18 juillet 2007. Donner du lest dans le sens d’alléger la réglementation, afin qu’elles aient toute la liberté de faire ce qu’elles veulent, quand elles le veulent avec notre forêt;

-  «L’île d’Anticosti dézonée. Le ministre Béchard limite à 3,97% la protection du territoire et non plus à 8% comme il avait promis de le faire», le Journal de Montréal, 15 février 2007.

Et pour ridiculiser davantage le gouvernement libéral du Québec et son ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, la transnationale américaine forestière Abitibi-Bowater a, au mois de novembre 2007, fermé son usine de Shawinigan sans daigner informer les gouvernements et le dit ministre, ce qui a évidemment fait pomper une fois de plus Claude Béchard comme le révèle un article de La Presse du 1er décembre 2007, qui titre «Québec hausse le ton envers Abitibi-Bowater» et de celui du Journal de Montréal : «Béchard menace Abitibi-Bowater». Le ministre Béchard devait commencer à être habitué à ces fermetures sauvages des papetières, puisque la même chose s’était produite en 2005, avec en prime la même mise en scène, lorsque la papetière étrangère Smurfit-Stone avait fermé son usine de New Richmond, en Gaspésie, sans daigner en informer qui que ce soit, comme l’indique le titre de cet article du Journal de Montréal du 6 août 2005 : «Fermeture : le gouvernement Charest critique la Smurfit-Stone».

Je vous saurai gré, mes amis, des milliards en subventions et en faveurs fiscales de toutes sortes accordées par la suite aux transnationales de la forêt. Ensuite, on viendra vous casser les oreilles avec le «libre marché» qui, dans les faits vit grâce aux mamelles de l’État, au marché qui fait toujours une utilisation optimale des ressources, c’est-à-dire en l’épuisant et en polluant pour le «bien des générations futures» et à l’économie de marché qui aboutit toujours au «juste» prix. Dans les faits, il n’y a aucune sorte de «loi naturelle du marché» ni aucune liberté, sinon pour la minorité de profiteurs et d’exploiteurs. Le «libre marché» claironné par les transnationales, les politiciens et leurs faire-valoir, signifie privilégier les gros détenteurs de capitaux qui s’en mettent plein les poches. La solution pour ces escrocs de politiciens de tout acabit est d’en rajouter en ratatinant l’État chaque jour un peu plus, en favorisant la désyndicalisation des travailleurs, en défiscalisant les entreprises, en inondant les entreprises de subventions et en fermant les yeux sur la fraude fiscale pratiquée à tour de bras dans les paradis fiscaux. Ainsi, il n’y a plus aucun rapport de force entre les différentes constituantes de la société (entreprises, gouvernements, travailleurs, écologistes, etc.). Ce sont ces transnationales qui mènent et qui nous imposent leur modèle de société. Il ne peut y avoir de véritable liberté, d’égalité et de démocratie sans un État digne de ce nom, au service des intérêts supérieurs de la majorité, c’est-à-dire du peuple.

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