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| Chronique Contes et comptes du prof Lauzon |
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Rions un peu avec le conservateur Jim Flaherty, ministre fédéral des Finances, au royaume des détaillants et des banques
Texte de Léo-Paul Lauzon, professeur au département des Sciences comptables et titulaire de la Chaire d’études socioéconomiques de l’Université du Québec à Montréal -
1er décembre 2007 |
Flaherty au royaume des détaillants
Comme vous le savez, la valeur de notre dollar face à la devise américaine est passée de 84 sous à plus d’un dollar récemment. Et comme on importe beaucoup de produits en dollars américains, du pétrole aux automobiles en passant par les médicaments, le gaz naturel et les aliments, les détaillants réalisent grâce à cette hausse des économies de plusieurs milliards de dollars. Selon les postulats de l’économie de marché, si chère aux conservateurs, ces économies devraient se traduire automatiquement par une baisse substantielle des prix au détail, grâce à la vive concurrence sensée prévaloir entre les agents économiques. Mais il n’en est rien. Les consommateurs n’ont pas vu l’ombre du bout de la queue d’une baisse de prix sur les produits importés. Les compagnies ont tout empoché. Pourtant, elles sont promptes à vous refiler leurs hausses d’impôts et de taxes.
Dans un article du Journal de Montréal du 6 août 2007 intitulé : «Biens importés : Les Canadiens paient trop cher», le ministre conservateur des Finances juge que les Canadiens payaient trop cher pour les produits importés. Il a demandé aux entreprises de faire bénéficier les consommateurs des économies qu’elles ont réalisées grâce à la montée du huard. Évidemment, il n’a pas fait plus que de leur adresser quelques demandes bienveillantes qui n’ont pas amené les détaillants à baisser leurs prix d’une seule cenne noire. Et ça, Flaherty le savait. Le gouvernement conservateur ne veut pas en faire plus pour ne pas perturber le «libre marché» et pour ne pas irriter ces filous qui sont leurs amis depuis toujours. Puis, comme rien de bougeait, le ministre est revenu à la charge au mois d’octobre 2007 et, en bout de piste, comme l’affirmait Le Devoir du 24 octobre 2007, «Flaherty ne forcera pas les détaillants à baisser leurs prix». On se fait voler tout rond et nos gouvernements entérinent ce crime, comme l’a très bien démontré le Journal de Montréal du 8 novembre 2007 : «Le Journal fait son épicerie aux États-Unis. 25% moins cher à Plattsburgh». Comme toujours, Claude Picher de La Presse, est venu à la défense des détaillants dans sa chronique du 22 septembre 2007 intitulée : «Se fait-on voler par les détaillants?»
Flaherty au royaume des banques
Puis, face au cartel des banques canadiennes et à leurs frais bancaires qui relèvent du vol pur et simple, le ministre conservateur a déclaré dans le Journal de Montréal du 29 mars 2007 : «Je n’étais pas content de la réponse que j’ai reçue de l’Association des banquiers canadiens au nom des banques. Je leur ai dit qu’à mes yeux, leur réponse était méprisante.» La réponse des banques aux supplications du ministre conservateur n’a pas tardé à venir, tel qu’on peut le voir dans le même article : «Au début du mois, Jim Flaherty a rencontré les présidents des six plus grandes banques canadiennes à Toronto pour faire valoir son point de vue. Il n’en est rien ressorti : au contraire, la plupart des institutions financières ont refusé de réduire leurs frais.» Nos gouvernements font à leur guise avec les syndicats des travailleurs ordinaires, mais prennent leur trou avec le syndicat des banques, comme avec celui des pétrolières, des pharmaceutiques, des papetières, des détaillants, des compagnies de téléphone et d’aviation, etc. Beau pays libre et démocratique, même si, dans un sondage du Journal de Montréal du 17 mars 2007, 87% des 1 146 participants ont dit qu’ils voulaient qu’Ottawa intervienne pour limiter l’appétit des banques en matière de frais bancaires. (…) Le bouffon en chef, Stephen Harper, a lui aussi ajouté son grain de sel en disant : «Comme tout le monde, je peux dire qu’ils m’agacent», tel que cité dans Le Devoir du 6 avril 2007. Oui, il pourrait régler le problème avec un minimum de courage politique, mais il ne veut pas entraver le «libre marché», c’est-à-dire les intérêts supérieurs des affairistes. (…)
«Les banquiers canadiens veulent un Code criminel plus de son temps», titrait-on dans Le Devoir du 20 septembre 2006. Entièrement d’accord avec eux, pour une fois. Si c’est bien fait, plusieurs banquiers vont pouvoir enfin jouir d’un long séjour en prison. Même si cela était fait aux frais des contribuables, ce n’est pas grave, on va payer la facture sans rechigner.
Les courageux qui lisent mes articles commencent à comprendre, du moins je l’espère, que loin de vivre dans un pays libre et démocratique, nous vivons vraiment sous la dictature du patronat, des transnationales, des détenteurs de capitaux et de leurs collaborateurs que sont leurs politiciens actuels et passés, leurs médias, leurs universitaires de service, leurs instituts de recherche, etc. Il faut que ça change de façon vraiment démocratique au plus vite, sinon il y aura de la violence, une violence qu’ils auront fomentée et fermentée. J’espère que la lecture de cet article vous a fait rire un peu. C’était mon but premier. Car, comme le disait si bien la devise de la défunte revue Croc, «C’est pas parce qu’on rit que c’est drôle».
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