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Le mardi 18 mars 2014

ENTREVUE EXCLUSIVE AVEC PAULINE MAROIS

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Dossier spécial / Édition du mardi 15 janvier 2013

La littérature autochtone s’affirme
La littérature autochtone s’affirme

La littérature autochtone s’affirme

Le mardi 15 janvier 2013

Tiraillés entre le désir de conserver leur culture et de la faire découvrir à un plus large public, les écrivains autochtones font souvent face à un dilemme.

Vaut-il mieux écrire pour un circuit autochtone plus restreint ou pour le lectorat «blanc»? La relève littéraire des Premières Nations doit souvent composer avec des publics multiples.

 

 

Naomi Fontaine, jeune auteure innue de 25 ans, a fait paraître un premier roman en avril 2011. L’oeuvre intitulée Kuessipan, qui signifie «À toi» en innu-aimun, a été publiée par la maison d’édition montréalaise Mémoire d’encrier. Selon elle, le sentiment de fierté identitaire caractérise le mieux la relève artistique autochtone. «Il y a un grand désir de se présenter comme peuple distinct des Québécois», explique la jeune auteure. Naomi habite Québec depuis qu’elle a sept ans. Elle a donc connu les réalités de la vie à l’intérieur et à l’extérieur des réserves. Elle a voulu écrire Kuessipan pour montrer les facettes positives des peuples autochtones, moins représentées dans les médias. «J’étais dans une optique où j’écrivais pour les Blancs, pour les Québécois, se rappelle Naomi Fontaine. Éventuellement, je me suis rendu compte que c’était peut-être pour moi que j’écrivais ce livre.»

«Pour les auteurs, ça demeure très important d’avoir des lecteurs dans leur propre communauté», affirme Maurizio Gatti, titulaire d’un post-doctorat sur le sujet et auteur des ouvrages Littérature amérindienne du Québec : écrits de langue française et Être écrivain amérindien au Québec : indianité et création littéraire. «Les auteurs essaient souvent de prendre part à des événements qui ont lieu à la fois dans leur communauté et à Montréal pour faire connaître leurs écrits», ajoute le chercheur.

 

UN RÉSEAU EN PARALLÈLLE

Le deuxième Salon du livre des Premières Nations, le Kwahiatonhk!, a eu lieu en novembre dernier à Wendake, près de Québec. Louis-Karl Picard-Sioui, écrivain wendat, est co-organisateur de l’événement. Selon l’auteur, ardent revendicateur des droits des Premières Nations, le dilemme devant lequel se trouvent les auteurs autochtones est bien réel. C’est l’une des raisons qui ont mené à la création de ce petit salon du livre en marge du circuit littéraire plus officiel. Les auteurs n’ont que les grands salons et les foires culturelles grand public vers lesquels se tourner, et la présence autochtone y est souvent diluée. À son avis, les auteurs et chercheurs ont besoin d’une plateforme de diffusion centrée sur les oeuvres des Premières Nations. Il remarque d’ailleurs que les visiteurs de Kwahiatonhk! sont majoritairement québécois. «L’intérêt est timide, mais grandissant», affirme-t-il.

Naomi Fontaine ne voit pas le Salon du livre des Premières Nations comme une façon d’isoler les auteurs amérindiens. «L’événement démontre que la littérature autochtone grandit et qu’elle existe, affirme-t-elle. On peut parler de littérature au sens large, continue l’auteure. Moi, je crois faire partie de la littérature innue.»

Pour Louis-Karl Picard-Sioui, la reconnaissance des auteurs et des artistes autochtones passe par l’éducation. «Dans les cégeps et les universités, les facultés de littérature offrent des nombreux cours sur la littérature française classique, argumente le créateur. Il pourrait y en avoir au moins un sur les oeuvres autochtones.» Aussi longtemps que les oeuvres littéraires des Premières Nations ne seront pas étudiées, l’art autochtone sera considéré comme marginal.

 

Quelques oeuvres d’auteurs autochtones à découvrir

- Kuessipan – à toi, Naomi Fontainte, Mémoire d’encrier, 2011.
- N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Natasha Kanapé Fontaine, Mémoire d’encrier, 2012.
- De la paix en jachère, Louis-Karl Picard-Sioui, Éditions Hannenorak, 2012.
- Bâtons à message / Tshissinuatshitakana, Joséphine Bacon, Mémoire d’encrier, 2009.
- Béante, Marie-Andrée Gill, Éditions La Peuplade, 2012.
- Ourse bleue, Virginia Pésémapéo Bordeleau, La Pleine Lune, 2007.

 

Sophie Chartier




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